Famille

Adoption plénière ou simple : différences, procédures et obligations légales

Estelle Marant
Collaboratrice
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Qui peut adopter en France ? Les réponses à vos questions juridiques

Adopter un enfant en France est une démarche profondément humaine, mais aussi juridiquement encadrée. Elle offre à des milliers d’enfants l’opportunité de grandir dans un foyer stable et aimant, tout en répondant au désir de nombreux adultes de devenir parents.

Cependant, ce projet exige le respect de conditions strictes et une procédure rigoureuse, définies par le Code civil et le Code de l’action sociale et des familles (CASF).

Entre les différentes formes d’adoption – plénière ou simple –, les conditions d’éligibilité des adoptants et des enfants, ainsi que les réformes récentes visant à faciliter ces démarches, il est essentiel de bien comprendre les règles qui régissent l’adoption en France.

Sommaire

  1. Les types d’adoption en France
  2. Qui peut adopter en France
  3. Quels enfants sont éligibles à l’adoption
  4. Le consentement à l’adoption
  5. Les étapes de la procédure d’adoption
  6. FAQ

Les types d’adoption : adoption plénière et adoption simple

En France, deux formes d’adoption coexistent, chacune ayant des conséquences juridiques et affectives spécifiques.

Adoption plénière

L’adoption plénière est la forme la plus radicale et complète. Elle substitue intégralement la filiation d’origine par celle des adoptants. Ainsi, l’enfant adopté cesse tout lien juridique avec sa famille biologique, y compris en termes de droits successoraux. Cette rupture totale de filiation est prévue par les articles 343 à 359 du Code civil.

L’enfant adopte également le nom de famille des adoptants, et il est inscrit dans leur livret de famille, comme s’il y était né. Ce type d’adoption est particulièrement adapté aux situations où l’enfant n’a plus de parents biologiques présents ou capables de subvenir à ses besoins, par exemple les pupilles de l’État ou les enfants déclarés délaissés.

La réforme de 2022 a assoupli les critères d’adoption plénière, en permettant notamment d’adopter des enfants âgés jusqu’à 21 ans, contre 20 ans auparavant, dans des cas spécifiques. Elle reconnaît aussi la possibilité d’adopter un enfant de plus de 15 ans s’il a déjà été recueilli dans le foyer avant cet âge ou s’il a fait l’objet d’une adoption simple dans le passé.

Adoption simple

L’adoption simple est moins contraignante pour l’enfant, car elle n’efface pas les liens avec la famille biologique. Elle ajoute une nouvelle filiation qui coexiste avec celle d’origine. Ainsi, l’enfant conserve :

  • Ses droits successoraux dans sa famille biologique, en plus de ceux créés avec les adoptants ;
  • Son nom d’origine, auquel peut être accolé celui des adoptants (sauf demande expresse de changement).

Cette forme d’adoption est souvent utilisée dans des situations où maintenir un lien avec la famille biologique reste dans l’intérêt de l’enfant, comme pour les adoptions intrafamiliales ou les cas où l’enfant est majeur.

Contrairement à l’adoption plénière, elle est accessible sans limite d’âge pour l’enfant, à condition que ce dernier donne son consentement explicite s’il a plus de 13 ans.

Les ajustements apportés par la réforme de 2022

La réforme de 2022, visant à moderniser et sécuriser les parcours d’adoption, a introduit plusieurs changements importants :

  • Simplification des démarches administratives, notamment pour les adoptants souhaitant recueillir des pupilles de l’État ou des enfants judiciairement délaissés ;
  • Élargissement des critères pour inclure davantage d’enfants adoptables, notamment ceux ayant dépassé l’âge limite de 15 ans dans certains cas ;
  • Renforcement de la préparation des adoptants, en imposant une formation pour mieux comprendre les enjeux de l’adoption et les besoins spécifiques des enfants adoptables.

Ces deux types d’adoption, bien que distincts, poursuivent un objectif commun : offrir à l’enfant un cadre familial stable et épanouissant, tout en respectant ses droits et son intérêt supérieur.

Qui peut adopter ?

L’adoption en France est strictement encadrée par le Code civil, notamment dans ses articles 343 et suivants. Selon la situation familiale ou personnelle de l’adoptant, les conditions d’éligibilité diffèrent.

Adoption conjointe

L’adoption conjointe est réservée aux couples, qu’ils soient :

  • Mariés (non séparés de corps) ;
  • Pacsés ;
  • Ou vivant en concubinage, qu’il s’agisse de couples hétérosexuels ou homosexuels.

Les adoptants doivent remplir deux conditions principales :

  1. Une communauté de vie d’au moins un an avant de déposer la demande d’adoption ;
  2. Ou, à défaut, être âgés d’au moins 26 ans chacun.

Avant la réforme de 2022, les époux devaient justifier de deux ans de mariage ou avoir atteint 28 ans. Ces assouplissements visent à ouvrir l’adoption à un plus grand nombre de familles, tout en garantissant une stabilité suffisante pour l’enfant.

Adoption individuelle

Toute personne majeure, âgée de plus de 26 ans, peut adopter seule. Cependant, si cette personne est mariée ou pacsée, elle doit obtenir le consentement de son conjoint ou partenaire avant de pouvoir entamer la procédure.

Cette possibilité est souvent utilisée par des célibataires souhaitant offrir un cadre familial stable à un enfant, ou par des personnes en couple dont un seul membre souhaite officiellement devenir parent adoptif.

Adoption par dérogation

Dans certains cas, la condition d’âge des adoptants peut être levée, notamment lorsque l’adoption concerne :

  • L’enfant du conjoint ;
  • L’enfant du partenaire pacsé ou du concubin.

Ces dérogations permettent de simplifier les démarches intrafamiliales, en respectant l’intérêt de l’enfant tout en tenant compte de la réalité des familles recomposées.

Cas particulier : adoption par la co-mère

La loi du 21 février 2022 prévoit une mesure transitoire, valable pendant trois ans, permettant à une co-mère d’adopter un enfant né d’une PMA réalisée à l’étranger. Cette disposition s’applique lorsque la mère biologique refuse, sans motif légitime, de procéder à la reconnaissance conjointe prévue par la loi de bioéthique du 2 août 2021.

Cette réforme marque une avancée majeure pour les familles homoparentales, en leur offrant une reconnaissance légale et des droits renforcés pour les deux parents.

Les enfants adoptables

Tous les enfants ne sont pas éligibles à l’adoption en France. Le Code civil, dans son article 347, définit clairement les catégories d’enfants pouvant être adoptés. Ces règles visent à garantir que l’adoption respecte l’intérêt supérieur de l’enfant tout en s’inscrivant dans un cadre légal précis.

Les enfants éligibles à l’adoption

Selon l’article 347 du Code civil, seuls les enfants suivants peuvent être adoptés :

  • Les pupilles de l’État : Il s’agit des enfants sans filiation connue, des orphelins sans famille ou des enfants abandonnés et confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Pour ces enfants, le conseil de famille des pupilles de l’État doit donner son consentement à l’adoption.
  • Les enfants déclarés judiciairement délaissés : Ce sont des enfants considérés comme abandonnés par leurs parents, après une décision de justice.
  • Les enfants dont les parents ou représentants légaux ont consenti à l’adoption : Ce consentement doit être formalisé, souvent devant un notaire ou une autorité compétente.

Les interdictions d’adoption

L’adoption est interdite entre certains membres d’une même famille, notamment :

  • Entre ascendants et descendants directs (par exemple, un grand-parent ne peut adopter son petit-enfant) ;
  • Entre frères et sœurs, sauf dans des cas exceptionnels où le juge considère qu’il existe des motifs graves, justifiant l’adoption dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

Adoption plénière : des critères spécifiques

L’adoption plénière concerne principalement les enfants de moins de 15 ans qui ont été recueillis dans le foyer des adoptants depuis au moins six mois. Toutefois, la réforme de 2022 a élargi les conditions en permettant :

  • L’adoption d’enfants jusqu’à 21 ans, dans des cas particuliers, tels que :
    • L’enfant a été recueilli avant ses 15 ans par des personnes ne remplissant pas initialement les conditions légales d’adoption.
    • L’enfant a fait l’objet d’une adoption simple avant ses 15 ans.
    • L’adopté est l’enfant du conjoint, du partenaire pacsé ou du concubin.
    • L’enfant est un pupille de l’État ou a été déclaré délaissé.

Ces ajustements offrent une flexibilité accrue, notamment pour les familles recomposées ou les enfants ayant dépassé l’âge limite initial.

Adoption simple : sans limite d’âge

L’adoption simple est accessible sans limite d’âge, à condition que l’enfant adopté donne son consentement explicite s’il a plus de 13 ans. Cela permet d’intégrer dans une famille des enfants plus âgés ou même des adultes, tout en conservant leurs liens avec leur famille biologique.

La procédure d’adoption en France

La procédure d’adoption se déroule en trois étapes principales :

  1. Obtention de l’agrément :
    L’agrément est délivré par le Conseil départemental après évaluation sociale et psychologique. Ce document est valide 5 ans et garantit la capacité des candidats à répondre aux besoins fondamentaux des enfants.
  2. Placement de l’enfant :
    En adoption plénière, l’enfant est placé dans le foyer des adoptants pour une période probatoire.
  3. Requête en adoption :
    Une demande est adressée au Tribunal judiciaire, qui statue dans un délai de 6 mois. Le tribunal vérifie que les conditions légales sont respectées et que l’adoption sert l’intérêt supérieur de l’enfant.

La décision d’adoption plénière est transcrite dans les registres de l’état civil, substituant ainsi la filiation d’origine par la filiation adoptive.

Consentement à l’adoption

L’adoption est une démarche qui modifie profondément le lien de filiation. Pour cette raison, elle nécessite le consentement explicite des parties concernées, encadré par les dispositions du Code civil. Ces exigences visent à garantir que l’adoption se déroule dans le respect des droits de chacun et dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

Le consentement de l’enfant

Lorsque l’enfant a plus de 13 ans, son accord personnel est obligatoire pour que l’adoption puisse être prononcée. Cet accord est recueilli par le tribunal ou une autorité compétente.

Cependant, si l’enfant est dans l’incapacité de donner son consentement (par exemple, en raison d’une maladie ou d’un handicap), le tribunal peut tout de même prononcer l’adoption, à condition qu’elle soit jugée conforme à l’intérêt supérieur de l’adopté.

Cette disposition vise à protéger les droits des enfants suffisamment âgés pour exprimer leur volonté, tout en prévoyant des exceptions pour les situations particulières.

Le consentement des parents biologiques

Les parents biologiques doivent donner leur consentement explicite à l’adoption. Celui-ci est recueilli selon des modalités précises :

  • Devant un notaire français ou étranger ;
  • Par un agent consulaire ;
  • Ou encore, dans certains cas, par le service de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) si l’enfant a été confié à ses services.

Ce consentement, une fois donné, peut être rétracté dans un délai de deux mois. Durant cette période, les parents peuvent demander à récupérer l’enfant. Passé ce délai, et si la personne ou l’organisme ayant recueilli le consentement refuse de restituer l’enfant, les parents biologiques peuvent saisir le tribunal. Le juge examinera alors la situation en fonction de l’intérêt supérieur de l’enfant, avant de décider de son éventuelle restitution.

Une procédure encadrée pour protéger les droits

Le cadre juridique entourant le consentement garantit que les parents biologiques prennent leur décision en toute connaissance de cause, tout en protégeant l’enfant contre toute démarche impulsive ou contraire à son intérêt. Ces règles s’inscrivent dans une approche équilibrée entre respect des droits parentaux et sécurisation du parcours d’adoption pour l’enfant et les adoptants.

Conclusion

L’adoption en France repose sur un équilibre délicat entre le respect des droits de l’enfant et la capacité des adoptants à offrir un cadre de vie répondant à ses besoins fondamentaux. Les réformes récentes ont permis d’assouplir certains critères et de simplifier les démarches, tout en renforçant la protection des enfants concernés.

Malgré les exigences procédurales, ce parcours juridique et humain constitue un engagement précieux qui transforme non seulement la vie des adoptés, mais aussi celle des adoptants, dans le cadre d’une filiation juridiquement sécurisée et affectivement épanouissante.

FAQ :

1. Quels sont les différents types d'adoption en France ?

En France, il existe deux formes principales d'adoption, chacune ayant des conséquences juridiques distinctes :

  • L'adoption plénière : Elle remplace entièrement la filiation d'origine par celle des adoptants. L’enfant perd tout lien avec sa famille biologique, y compris les droits successoraux, et adopte le nom de famille des parents adoptifs. Ce type d’adoption est irrévocable et réservé principalement aux enfants de moins de 15 ans recueillis au foyer des adoptants depuis au moins six mois. Cependant, depuis la réforme de 2022, des exceptions permettent d’adopter des enfants jusqu’à 21 ans dans certains cas spécifiques.
  • L'adoption simple : Elle ajoute une nouvelle filiation à celle d’origine, permettant à l’enfant de conserver des droits dans sa famille biologique, notamment ses droits héréditaires. L’adoption simple est accessible à tout âge et peut être révoquée pour des motifs graves. Ce type d’adoption est souvent privilégié pour les adoptions intrafamiliales ou lorsqu’un maintien des liens biologiques est dans l’intérêt de l’enfant.

2. Qui peut adopter un enfant en France ?

L’adoption est ouverte à plusieurs catégories de personnes, sous réserve de remplir certaines conditions :

  • Les couples mariés, pacsés ou concubins : Ils doivent justifier d'une communauté de vie d'au moins un an ou être âgés d'au moins 26 ans chacun. Avant la réforme de 2022, les époux devaient être mariés depuis deux ans ou avoir atteint 28 ans.
  • Les personnes seules : Toute personne âgée de plus de 26 ans peut adopter individuellement. Si cette personne est mariée ou pacsée, l’accord de son conjoint ou partenaire est requis.
  • Les dérogations : Dans le cas d’une adoption intrafamiliale (par exemple, l’adoption de l’enfant du conjoint ou partenaire), la condition d’âge peut être levée.

Depuis la réforme de 2022, une mesure transitoire permet également à une co-mère d’adopter un enfant né d’une PMA réalisée à l’étranger si la mère biologique refuse, sans motif légitime, de procéder à la reconnaissance conjointe prévue par la loi bioéthique.

3. Quels enfants sont éligibles à l’adoption ?

Selon l'article 347 du Code civil, seuls certains enfants peuvent être adoptés :

  • Les pupilles de l’État : Enfants sans filiation connue, orphelins ou abandonnés, confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).
  • Les enfants déclarés judiciairement délaissés : Enfants abandonnés par leurs parents, après décision de justice.
  • Les enfants dont les parents ou représentants légaux ont consenti à l’adoption : Ce consentement doit être recueilli devant notaire ou une autorité compétente.

L’adoption entre ascendants et descendants directs ou entre frères et sœurs est interdite, sauf en cas de motifs graves appréciés par le juge.

4. Quelles sont les règles concernant le consentement à l’adoption ?

Le consentement est une étape essentielle pour garantir que l’adoption se déroule dans un cadre légal et respectueux des droits des parties concernées :

  • Le consentement de l’enfant : Obligatoire à partir de 13 ans, sauf incapacité de l’enfant à consentir. Le tribunal peut toutefois prononcer l’adoption dans l’intérêt supérieur de l’enfant.
  • Le consentement des parents biologiques : Il est recueilli devant un notaire ou un agent consulaire et peut être rétracté dans un délai de deux mois. Passé ce délai, les parents ne peuvent plus demander la restitution de l’enfant, sauf décision contraire du tribunal en cas d’intérêt de l’enfant.

5. Quelles sont les étapes de la procédure d’adoption ?

La procédure d’adoption se déroule en plusieurs étapes clés :

  1. Demande d’agrément : Les futurs adoptants doivent obtenir un agrément délivré par le Conseil départemental, attestant leur capacité à répondre aux besoins fondamentaux de l’enfant. Ce document est valide cinq ans.
  2. Placement de l’enfant : En adoption plénière, l’enfant est placé au foyer des adoptants pour une période probatoire de six mois minimum. Cette étape est également prévue pour certains cas d’adoption simple.
  3. Requête en adoption : Les adoptants saisissent le Tribunal judiciaire, qui vérifie le respect des conditions légales et l’intérêt supérieur de l’enfant. Le tribunal prononce ensuite l’adoption par jugement.

En adoption plénière, la décision est transcrite dans les registres de l’état civil, substituant la filiation d’origine par celle des adoptants.

Ces différentes étapes sont conçues pour sécuriser le parcours d’adoption, protéger les droits des enfants et garantir leur bien-être dans leur nouveau cadre familial.

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