Travail

Arrêt maladie en vacances : avez-vous droit à un report ?

Estelle Marant
Collaboratrice
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Congés et arrêt maladie : devez-vous renoncer à vos jours ?

Les congés payés sont une période attendue avec impatience par les salariés, permettant de se reposer et se ressourcer. Cependant, un imprévu peut survenir : tomber malade durant ses vacances. Dans ce cas, le salarié peut se demander s’il peut reporter ses congés ou s’il doit simplement les considérer comme perdus.

La réponse à cette question dépend de plusieurs facteurs juridiques, notamment les dispositions du Code du travail, les décisions de la jurisprudence française et européenne, ainsi que les réformes récentes. Si le droit français a longtemps adopté une approche restrictive en refusant le report des congés en cas de maladie, la loi du 22 avril 2024 vient modifier ces règles et mieux protéger les salariés.

Dans cet article, nous faisons le point sur vos droits en matière d’arrêt maladie pendant les congés payés et les démarches à suivre pour ne pas perdre vos jours de repos.

Sommaire

  1. Congés et arrêt maladie : devez-vous renoncer à vos jours ?
  2. Arrêt maladie durant les congés payés : quels sont vos droits ?
  3. Vous tombez malade durant vos congés payés : votre arrêt annule-t-il vos congés ?
  4. Vous tombez malade avant votre départ en congés : vos congés sont-ils reportés ?
  5. Quelles démarches pour faire valoir son droit au report des congés ?
  6. Que retenir sur l’arrêt maladie et les congés payés ?
  7. FAQ

Arrêt maladie durant les congés payés : quels sont vos droits ?

Un salarié peut être confronté à une situation délicate : tomber malade durant ses congés. Cela soulève une question essentielle : les jours de congés non pris peuvent-ils être reportés ? La réponse varie selon le droit français, le droit européen et les nouvelles évolutions législatives.

1. Vous tombez malade durant vos congés payés : votre arrêt annule-t-il vos congés ?

Le droit français : pas de report automatique des congés

En France, aucune disposition du Code du travail ne prévoit le report automatique des congés payés non pris en raison d’un arrêt maladie. Ainsi, un salarié qui tombe malade pendant ses vacances ne peut pas récupérer les jours non utilisés, sauf si la convention collective applicable dans son entreprise prévoit une mesure plus favorable (Cass. soc., 24 février 2009, n°07-44.488).

👉 Conséquences pratiques :

  • Si le salarié guérit avant la fin de ses congés, il reprend son activité à la date prévue.
  • Si son arrêt se prolonge au-delà des congés, il reprend son poste à la fin de son arrêt maladie, sans bénéficier d’un report de ses congés perdus.

Toutefois, certaines conventions collectives permettent le report des congés ou le versement d’une indemnité compensatrice. Il est donc essentiel de vérifier les dispositions applicables dans votre entreprise.

Le droit européen : un principe plus protecteur pour les salariés

Le droit européen adopte une approche différente. Selon la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE, 21 juin 2012, aff. C-78/11), les salariés malades durant leurs congés payés doivent pouvoir reporter les jours non pris.

📌 Pourquoi ?
La finalité des congés payés est de permettre au salarié de se reposer et de profiter d’une période de détente. Or, l’arrêt maladie a un objectif différent : permettre au salarié de se soigner et récupérer sa capacité de travail.

👉 Conséquence : selon la CJUE, un salarié ne peut être privé de ses congés payés en raison d’une maladie. Les jours concernés doivent être reportés.

Toutefois, cette jurisprudence n’a pas encore été intégrée pleinement en droit français, ce qui signifie que l’application dépend des contentieux et des évolutions législatives.

2. Vous tombez malade avant votre départ en congés : vos congés sont-ils reportés ?

La loi du 22 avril 2024 a modifié les règles du report des congés payés en cas d'arrêt maladie.

👉 Nouvelle règle :
Lorsqu’un salarié tombe malade avant le début de ses congés, il ne perd plus ses jours de congés. Il bénéficie désormais d’une période de report de 15 mois pour les prendre après son rétablissement.

💡 Exemple :

  • Un salarié pose ses congés du 1er au 15 juillet 2025.
  • Le 27 juin 2025, il tombe malade et bénéficie d’un arrêt maladie de trois semaines.
  • Grâce à la nouvelle loi, il pourra reporter ses congés et les poser ultérieurement, dans un délai de 15 mois à compter de son rétablissement.

📌 Point à retenir : cette réforme aligne davantage le droit français sur le droit européen, garantissant aux salariés une meilleure protection en cas d’arrêt maladie empêchant la prise de congés.

Quelles démarches pour faire valoir son droit au report des congés ?

Si vous êtes concerné par un arrêt maladie avant le début de vos congés payés, vous avez le droit au report de ces jours de repos, conformément à la loi du 22 avril 2024 et à la jurisprudence européenne. Toutefois, pour bénéficier de ce report, il est essentiel de respecter certaines démarches administratives et de fournir des justificatifs précis à votre employeur.

1. Informer son employeur dès que possible

Dès que votre arrêt de travail est prescrit par un médecin et qu’il empiète sur votre période de congés payés initialement prévue, vous devez informer votre employeur sans délai. Cette démarche permet d’éviter toute contestation ultérieure et de garantir le report effectif de vos jours de congés.

💡 Bon à savoir : Certaines conventions collectives peuvent exiger une déclaration sous un délai précis (24 ou 48 heures après le début de l'arrêt). Il est donc recommandé de vérifier votre convention collective ou votre contrat de travail.

2. Fournir les documents nécessaires pour justifier la demande

Afin que l’employeur ne puisse pas refuser votre demande de report de congés, il est impératif de fournir des justificatifs médicaux et administratifs attestant de votre situation.

👉 Documents à fournir :

  • Un certificat médical précisant la durée de votre incapacité de travail ainsi que la nature de la pathologie (sans obligation de mentionner le diagnostic détaillé).
  • Le justificatif de l’arrêt de travail, délivré par la Sécurité sociale ou la caisse d’assurance maladie, indiquant les dates exactes de votre arrêt.
  • Une demande écrite adressée à votre employeur, mentionnant votre souhait de reporter vos congés payés et précisant les dates concernées. Il est préférable d’envoyer cette demande par courrier recommandé avec accusé de réception pour conserver une preuve écrite.

💡 À noter : Si vous êtes affilié à un régime spécifique (fonction publique, travailleur détaché, expatrié), des règles particulières peuvent s’appliquer.

3. L’employeur peut-il refuser le report des congés ?

En principe, l’employeur ne peut pas refuser le report des congés payés lorsqu’un arrêt maladie survient avant le départ en vacances. La loi impose une période de report de 15 mois, permettant au salarié de prendre ses congés ultérieurement.

Toutefois, il existe quelques exceptions :

  • Si la convention collective de l’entreprise prévoit des règles spécifiques, limitant les conditions de report ou imposant une date butoir plus courte.
  • Si le salarié n’a pas respecté l’obligation d’information ou n’a pas transmis les justificatifs demandés dans les délais requis.
  • Si le salarié refuse de fixer de nouvelles dates de congés dans la période de report accordée.

💡 Bon à savoir : Si votre employeur conteste votre droit au report, vous pouvez saisir l’Inspection du travail ou consulter un avocat en droit du travail pour faire valoir vos droits. En cas de contentieux, le Conseil de prud’hommes peut être saisi pour trancher le litige.

En suivant ces démarches avec rigueur et en conservant toutes les preuves écrites, vous maximisez vos chances d’obtenir le report de vos congés payés non pris à la suite d’un arrêt maladie.

Que retenir sur l’arrêt maladie et les congés payés ?

La question de l’articulation entre congés payés et arrêt maladie est un sujet récurrent en droit du travail. Si les règles ont longtemps été défavorables aux salariés en France, les évolutions législatives et les décisions européennes tendent à renforcer leur protection. Voici les principaux points à retenir :

  • Si vous tombez malade pendant vos congés, le droit français ne prévoit pas de report automatique. Vos jours de congés sont considérés comme consommés, sauf si une convention collective ou un accord d’entreprise prévoit une règle plus favorable (Cass. soc., 24 février 2009, n°07-44.488).
  • Le droit européen reconnaît le droit au report des congés en cas d’arrêt maladie. Selon la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE, 21 juin 2012, aff. C-78/11), un salarié malade pendant ses congés payés doit pouvoir les reporter, car l’objectif des congés est le repos et non la guérison. Cependant, cette règle n’est pas encore pleinement appliquée en droit français.
  • La loi du 22 avril 2024 constitue une avancée majeure : elle garantit un report des congés payés pendant 15 mois lorsque le salarié tombe malade avant son départ en congés. Cette mesure permet d’éviter que des jours de repos soient irrémédiablement perdus en raison d’un arrêt de travail.
  • Pour faire valoir ce droit, le salarié doit transmettre une demande écrite à son employeur, accompagnée de justificatifs médicaux (certificat médical, justificatif d’arrêt de travail).
  • Ces évolutions législatives et jurisprudentielles témoignent d’une volonté de renforcer la protection des salariés face aux imprévus liés à la maladie. Toutefois, il est essentiel de rester vigilant et informé des nouvelles décisions de justice et des réformes à venir pour s’assurer du respect de ses droits.

En cas de litige, un recours devant le Conseil de prud’hommes peut être envisagé pour contester un refus de report ou réclamer une indemnisation des congés non pris.

Conclusion

L’articulation entre congés payés et arrêt maladie a longtemps fait l’objet de débats et de divergences entre le droit français et le droit européen. Si la France ne permettait pas systématiquement le report des congés en cas de maladie, la jurisprudence européenne reconnaissait depuis longtemps ce droit au report pour garantir le repos effectif du salarié.

Avec la loi du 22 avril 2024, la France aligne progressivement sa législation sur les principes européens en offrant une période de report de 15 mois en cas d’arrêt maladie avant les congés. Cette avancée renforce les droits des salariés tout en encadrant les obligations des employeurs.

Face à ces évolutions, il est essentiel de connaître vos droits et de vérifier les dispositions conventionnelles applicables dans votre entreprise. En cas de litige, une consultation juridique peut être nécessaire pour faire valoir votre droit au report ou à l’indemnisation de vos congés non pris.

FAQ

1. Que se passe-t-il si je tombe malade pendant mes congés payés ?

Si vous tombez malade en plein congé, le droit français ne prévoit pas de report automatique de vos jours de congés payés. Concrètement, les jours de vacances sont considérés comme consommés, même si vous êtes en arrêt maladie (Cass. soc., 24 février 2009, n°07-44.488).

Toutefois, certaines conventions collectives ou accords d’entreprise peuvent offrir une protection supplémentaire, permettant un report des jours non pris ou une indemnisation compensatrice. Il est donc essentiel de vérifier les dispositions applicables dans votre secteur d’activité.

💡 Point important : La jurisprudence européenne considère que le salarié malade doit pouvoir reporter ses congés s’il ne peut pas en profiter (CJUE, 21 juin 2012, aff. C-78/11), mais cette position n’est pas encore appliquée en droit français.

2. Si je tombe malade avant mes congés, puis-je les reporter ?

Oui, la loi du 22 avril 2024 modifie les règles en matière de report des congés payés en cas d’arrêt maladie. Désormais, si un salarié tombe malade avant son départ en congés, il bénéficie automatiquement d’un report de ses jours de congés pour une durée de 15 mois après son rétablissement (article L.3141-19 du Code du travail).

🔹 Exemple : Un salarié prévoit de partir en vacances du 1er au 15 juillet. Il tombe malade le 27 juin et se voit prescrire un arrêt de trois semaines. Grâce à la nouvelle loi, ses congés ne sont pas perdus et peuvent être reportés dans un délai de 15 mois après la fin de son arrêt.

💡 Ce que cela change : Avant cette réforme, les congés payés pouvaient être perdus si l'arrêt maladie débutait avant la période de congé. Désormais, la protection est renforcée, alignant progressivement la France sur le droit européen.

3. Quelles démarches suivre pour obtenir le report de mes congés ?

Si votre arrêt maladie débute avant votre départ en congés, vous devez informer votre employeur le plus rapidement possible et lui adresser une demande officielle de report accompagnée des documents nécessaires.

👉 Documents à fournir :

  • Un certificat médical précisant l’incapacité de travail et la durée de l’arrêt.
  • Un justificatif d’arrêt de travail délivré par la Sécurité sociale.
  • Une demande écrite à votre employeur, mentionnant la période concernée et votre souhait de reporter vos congés.

Il est recommandé d’envoyer cette demande par courrier recommandé avec accusé de réception, afin de conserver une preuve écrite en cas de litige.

💡 L’employeur peut-il refuser ? Non, il est obligé d’accorder le report des congés si votre arrêt a débuté avant la période prévue de congés, sauf disposition conventionnelle contraire. En cas de refus abusif, vous pouvez saisir le Conseil de prud’hommes pour faire valoir vos droits.

4. Que dit le droit européen sur le report des congés payés en cas d’arrêt maladie ?

Le droit européen est beaucoup plus protecteur que le droit français sur cette question. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE, 21 juin 2012, aff. C-78/11) a jugé que les salariés malades durant leurs congés payés doivent pouvoir reporter leurs jours de congés non utilisés.

📌 Pourquoi ?
La finalité des congés payés est de garantir du repos et du bien-être au salarié, alors que l’arrêt maladie a pour objectif de permettre au travailleur de récupérer sa capacité de travail. Une période de maladie ne peut donc pas être assimilée à des vacances, d’où la nécessité d’un report des jours de congé non pris.

💡 Application en France ?

  • Actuellement, le droit français ne reconnaît pas encore systématiquement ce droit au report, sauf si l’arrêt maladie survient avant le début des congés (grâce à la loi du 22 avril 2024).
  • Toutefois, certaines décisions de justice récentes pourraient faire évoluer la jurisprudence, notamment si la France est sanctionnée par la CJUE pour non-conformité avec le droit européen.

5. Que faire si mon employeur refuse le report de mes congés ?

Si votre employeur refuse illégalement de reporter vos congés payés malgré un arrêt maladie débutant avant votre départ, plusieurs recours sont possibles :

🔹 Saisir l’Inspection du travail : Vous pouvez signaler le non-respect de la législation et demander une intervention de l’Inspection du travail.
🔹 Tenter une médiation : Un échange écrit avec l’employeur peut parfois suffire à résoudre le litige à l’amiable.
🔹 Saisir le Conseil de prud’hommes : En cas de blocage persistant, vous pouvez contester le refus devant le Conseil de prud’hommes, qui pourra contraindre l’employeur à appliquer la loi.

💡 Astuce pour éviter les litiges : Conservez toutes les preuves écrites (arrêt de travail, demande de report envoyée par courrier recommandé, réponse de l’employeur). Cela vous permettra de défendre efficacement vos droits en cas de contentieux.

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