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CDD : calculez votre indemnité de fin de contrat pas à pas

Francois Hagege
Fondateur
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Fin de CDD : comment est calculée la prime de précarité ?

Le contrat à durée déterminée (CDD) constitue un outil juridique essentiel pour répondre à des besoins temporaires de main-d'œuvre, que ce soit pour remplacer un salarié absent, faire face à un accroissement d’activité ou accomplir une mission ponctuelle.

Cependant, en contrepartie de la précarité qu’il implique, le législateur a institué une indemnité de fin de contrat, communément appelée prime de précarité, destinée à compenser l’absence de perspective de stabilité professionnelle à l’issue du contrat.

Cette indemnité, prévue par le Code du travail, obéit à des conditions précises tant en ce qui concerne son principe que son calcul. À travers une analyse rigoureuse fondée sur les textes légaux et la jurisprudence, defendstesdroits.fr vous éclaire sur les règles applicables à cette prime et les modalités de calcul à connaître pour faire valoir vos droits.

Sommaire

  1. Qu’est-ce que la prime de précarité du CDD ?
  2. Dans quels cas la prime est-elle due ?
  3. Quelles sont les exceptions à son versement ?
  4. Comment calculer la prime de précarité ?
  5. Quel est le montant de l’indemnité ?
  6. Régime fiscal et social de la prime de précarité
  7. FAQ

Qu’est-ce que la prime de précarité du CDD ?

L’indemnité de fin de contrat, communément appelée prime de précarité, est prévue à l’article L1243-8 du Code du travail. Elle a pour objectif de compenser l’instabilité de l’emploi inhérente aux contrats à durée déterminée. Autrement dit, elle vise à pallier l’absence de garantie d’emploi pour le salarié dont le contrat n’est pas pérennisé en contrat à durée indéterminée (CDI).

Cette indemnité est due à l’expiration normale du CDD, ou en cas de rupture anticipée à l’initiative de l’employeur, sauf dans les cas dérogatoires prévus par la loi. Elle concerne aussi bien les CDD à temps complet que les CDD à temps partiel.

Dans quels cas la prime est-elle due ?

L’indemnité de fin de contrat, aussi appelée prime de précarité, est versée de plein droit au salarié à l’issue de son contrat à durée déterminée (CDD), sauf exceptions prévues par la loi. Elle repose sur le principe posé par l’article L1243-8 du Code du travail, qui impose à l’employeur de compenser la précarité liée à l’absence de pérennisation de l’emploi.

L’indemnité est due dans les situations suivantes :

  • Lorsque le CDD arrive à son terme, sans qu’un contrat à durée indéterminée (CDI) ne soit proposé au salarié. Il s’agit de la situation la plus fréquente : le contrat s’achève à la date convenue, et le salarié ne se voit offrir aucune continuité dans l’emploi.
  • Lorsque le salarié n’est pas reclassé immédiatement dans un emploi similaire en CDI. Le reclassement doit porter sur un poste équivalent, c’est-à-dire comportant des fonctions similaires et une rémunération au moins équivalente. Ce reclassement doit intervenir sans interruption entre le CDD et le CDI pour exclure la prime.
  • Lorsque l’employeur rompt le CDD avant son terme, sauf faute grave du salarié ou cas de force majeure. En cas de rupture anticipée injustifiée, la prime reste entièrement due, en sus des éventuels dommages-intérêts pour rupture illicite.

Cette indemnité s’applique également aux contrats de mission conclus par les agences d’intérim, dans les mêmes conditions. L’article L1251-32 du Code du travail prévoit expressément que, sauf exception (notamment en cas de faute grave), le salarié intérimaire a droit, à l’issue de sa mission, à une indemnité de fin de mission, qui fonctionne sur le même principe que la prime de précarité du CDD.

Ainsi, l’indemnité vise à sanctionner le caractère temporaire du lien contractuel en garantissant au salarié une compensation financière à l’issue d’une mission non pérennisée dans l’entreprise.

Quelles sont les exceptions à son versement ?

La prime de précarité n’est pas versée dans certains cas, énumérés par le Code du travail et précisés par la jurisprudence :

  • rupture anticipée du contrat à l’initiative du salarié, sauf cas de force majeure ou d’inexécution fautive de l’employeur (Cass. soc., 29 sept. 2021, n° 19-25.445) ;
  • refus du salarié d’un CDI proposé pour le même emploi ou un emploi similaire, assorti d’une rémunération équivalente  ;
  • contrat de professionnalisation, sauf disposition conventionnelle contraire ;
  • contrat d’apprentissage ;
  • contrats saisonniers, sauf accord collectif prévoyant le contraire ;
  • contrats d’usage, typiques de certains secteurs (spectacle, hôtellerie-restauration), pour lesquels l’usage justifie le recours au CDD sans verser cette indemnité.

Attention : certaines conventions collectives peuvent prévoir le versement de la prime dans des cas normalement exclus par la loi. Il est donc impératif de vérifier les dispositions conventionnelles applicables.

Comment calculer la prime de précarité ?

Base de calcul

L’article L1243-8 prévoit que l’indemnité est calculée sur la base de la rémunération brute perçue par le salarié au cours de son contrat, incluant :

  • le salaire de base ;
  • les primes (prime de vacances, 13e mois, etc.) ;
  • les majorations éventuelles (travail de nuit, heures supplémentaires, etc.).

Sont en revanche exclus du calcul :

  • les indemnités compensatrices de congés payés (Cass. soc., 21 oct. 2009, n° 08-42.893),
  • les remboursements de frais professionnels.

Durée de référence

Il faut prendre en compte l’ensemble de la durée du contrat, y compris en cas de renouvellement. La prime est alors versée à la fin du dernier contrat, englobant toutes les périodes travaillées.

Quel est le montant de l’indemnité ?

Le montant légal de l’indemnité est fixé à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant le contrat.

Exemple : un salarié ayant perçu 9 000 € de salaire brut et 1 000 € de prime de vacances recevra une prime de précarité de :
(9 000 € + 1 000 €) × 10 % = 1 000 €.

Modulation par convention collective

Un abaissement du taux à 6 % est possible si une convention ou un accord collectif étendu le prévoit. Dans ce cas, des contreparties en formation doivent être accordées au salarié.

Inversement, un accord collectif peut fixer une prime supérieure à 10 %. L’employeur est alors tenu de verser le montant le plus favorable au salarié, conformément au principe de faveur en droit du travail.

Régime fiscal et social de la prime de précarité

La prime de précarité, aussi appelée indemnité de fin de contrat, obéit au même régime fiscal et social que la rémunération principale perçue par le salarié.

Soumission aux cotisations sociales

Conformément aux règles de droit du travail et à la jurisprudence constante, cette indemnité est considérée comme un revenu de remplacement à caractère salarial. Elle est donc intégralement soumise aux cotisations sociales obligatoires :

  • Cotisations de sécurité sociale (maladie, vieillesse, maternité, invalidité-décès),
  • Cotisations chômage,
  • Cotisations de retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO),
  • Contribution sociale généralisée (CSG) et contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS),
  • Versement mobilité, le cas échéant.

Il n’existe aucune exonération spécifique applicable à cette indemnité, sauf dispositions très particulières prévues par certains régimes spéciaux ou accords collectifs spécifiques.

Soumission à l’impôt sur le revenu

Sur le plan fiscal, la prime de précarité est qualifiée de rémunération accessoire au sens de l’article 82 du Code général des impôts. À ce titre, elle est pleinement imposable dans la catégorie des traitements et salaires. Cela signifie qu’elle est :

  • déclarée dans les revenus imposables du salarié,
  • prélevée à la source, selon le taux personnalisé ou neutre applicable au salarié.

Elle est donc soumise à l’impôt sur le revenu comme n’importe quelle composante de la rémunération, et entre dans le calcul du net imposable mensuel figurant sur le bulletin de paie.

Inscription sur la fiche de paie et le solde de tout compte

La prime de précarité doit impérativement apparaître de manière distincte sur le bulletin de paie remis au salarié à la fin du contrat. Elle est également incluse dans le solde de tout compte, conformément aux exigences de l’article L1234-20 du Code du travail.

Ce solde, qui récapitule l’ensemble des sommes dues au salarié lors de la rupture du contrat, comprend notamment :

  • le dernier salaire,
  • l’indemnité compensatrice de congés payés,
  • et, le cas échéant, l’indemnité de fin de contrat.

Le non-versement ou la non-inscription de cette prime sur les documents de fin de contrat peut constituer un manquement de l’employeur et ouvrir droit à contentieux devant le conseil de prud’hommes.

Conclusion

La prime de précarité constitue un droit essentiel du salarié en CDD destiné à atténuer les effets de l’instabilité contractuelle. Son versement, encadré par les articles L1243-8 et suivants du Code du travail, répond à une logique de protection renforcée du travailleur temporaire.

Si des exceptions peuvent s’appliquer, elles sont strictement encadrées et doivent toujours être interprétées à la lumière de l’intérêt du salarié. Quant à son montant, il peut faire l’objet d’aménagements conventionnels, mais ceux-ci ne sauraient priver le salarié d’une contrepartie équitable.

En cas de doute sur l’éligibilité à cette prime ou son calcul, il est recommandé de se rapprocher d’un professionnel du droit ou de consulter les ressources mises à disposition sur defendstesdroits.fr pour faire valoir ses droits en toute sécurité.

FAQ

1. La prime de précarité est-elle obligatoire à la fin de tous les CDD ?

Non, la prime de précarité n’est pas systématiquement due à la fin d’un contrat à durée déterminée (CDD). Elle est obligatoire dans la majorité des cas, notamment lorsque le contrat arrive à son terme sans que le salarié soit embauché en CDI. Toutefois, certaines exceptions sont prévues par l’article L1243-8 du Code du travail, comme :

  • la rupture anticipée du CDD à l’initiative du salarié (hors faute grave de l’employeur ou force majeure),
  • le refus par le salarié d’un CDI proposé pour un emploi similaire avec rémunération équivalente,
  • la faute grave du salarié,
  • certains types de contrats exclus comme le contrat d’apprentissage, le contrat de professionnalisation, le CDD saisonnier, ou encore le contrat d’usage.

Il convient donc d’analyser la nature du contrat et les circonstances de sa rupture pour déterminer si l’indemnité est exigible.

2. Comment calculer précisément le montant de la prime de précarité d’un CDD ?

La prime de précarité représente en principe 10 % de la rémunération brute totale perçue par le salarié au cours de son CDD (article L1243-8 du Code du travail). Le calcul prend en compte :

  • le salaire de base,
  • les primes perçues durant le contrat (13e mois, prime de vacances, etc.),
  • les majorations pour heures supplémentaires, travail de nuit ou du dimanche.

⚠️ L’indemnité compensatrice de congés payés n’est pas incluse dans cette base de calcul (Cass. soc., 21 oct. 2009, n° 08-42.893). De plus, si le CDD a été renouvelé, la prime se calcule sur l’ensemble des périodes couvertes, mais n’est versée qu’à la fin du dernier contrat.

3. Peut-on percevoir une prime de précarité inférieure à 10 % ?

Oui, mais uniquement si une convention ou un accord collectif étendu le prévoit. Dans ce cas, le taux de la prime de précarité peut être abaissé jusqu’à 6 %, à condition que le salarié bénéficie en contrepartie d’un accès individualisé à la formation professionnelle (article L1243-9 du Code du travail).

Par exemple, l’accord peut offrir :

  • des actions de formation qualifiantes,
  • un bilan de compétences,
  • un accompagnement vers l’emploi durable.

En revanche, si la convention collective ou le contrat prévoit un montant supérieur à 10 %, l’employeur est tenu d’appliquer la disposition la plus favorable au salarié, conformément au principe de faveur.

4. Quand et comment la prime de précarité doit-elle être versée ?

La prime de précarité est versée à la fin du CDD, en même temps que le dernier salaire et le solde de tout compte (article L1234-20 du Code du travail). Elle doit apparaître distinctement sur le bulletin de paie correspondant.

Elle est versée :

  • automatiquement, sauf en cas d’exception légale ou conventionnelle,
  • en une seule fois, sans possibilité de fractionnement,
  • au plus tard à la date de paiement du dernier salaire.

Si la prime est omise ou contestée, le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes pour en obtenir le paiement, avec prescription de 3 ans à compter de la date de versement attendue (article L3245-1 du Code du travail).

5. La prime de précarité est-elle imposable et soumise à cotisations sociales ?

Oui, l’indemnité de fin de contrat est assimilée à une rémunération au sens fiscal et social. Elle est donc :

  • soumise à l’impôt sur le revenu (article 82 du Code général des impôts),
  • soumise aux cotisations sociales : CSG, CRDS, cotisations de sécurité sociale, retraite, chômage, etc.

À ce titre, elle figure sur le relevé annuel d’imposition et doit être intégrée à la déclaration de revenus du salarié. Elle est également prise en compte dans le calcul du salaire de référence pour certaines prestations sociales.

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