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Créer une EURL : quelles obligations fiscales anticiper ?

Estelle Marant
Collaboratrice
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TVA, IS, IR : quelles obligations fiscales pour les EURL ?

La création d’une EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) séduit de nombreux entrepreneurs souhaitant conjuguer autonomie et protection du patrimoine personnel.

Cette forme juridique, à mi-chemin entre entreprise individuelle et société, permet de structurer une activité autour d’un associé unique, tout en offrant des mécanismes d’imposition souples et adaptés aux besoins de chacun.

Mais avant de lancer son activité sous ce statut, il est essentiel de bien comprendre les règles fiscales qui lui sont applicables. L’EURL peut en effet relever de l’impôt sur le revenu (IR) ou de l’impôt sur les sociétés (IS), selon la nature de l’associé et les options exercées. Par ailleurs, elle est soumise à des obligations spécifiques en matière de TVA, qui varient selon le chiffre d’affaires réalisé.

Chez defendstesdroits.fr, nous vous apportons une lecture claire et juridique du régime fiscal de l’EURL, afin de vous aider à faire les bons choix dès la création de votre entreprise.

Sommaire

  1. Fiscalité de l’EURL : impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés ?
  2. Régimes d’imposition des bénéfices : micro, réel simplifié, réel normal
  3. Quel régime de TVA pour une EURL ?
  4. Conclusion
  5. FAQ

Fiscalité de l’EURL : impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés ?

L’associé unique est une personne physique : imposition par défaut à l’IR

Conformément à l’article 8 du Code général des impôts (CGI), une EURL dont l’associé unique est une personne physique est, par défaut, transparente fiscalement. Elle est donc soumise au régime des sociétés de personnes, ce qui implique que :

  • les bénéfices sont déterminés au niveau de l’entreprise,
  • mais imposés entre les mains de l’associé unique, dans la catégorie correspondant à l’activité exercée : BIC, BNC ou BA selon les cas.

Ainsi, c’est l’associé unique lui-même qui déclare les bénéfices dans sa déclaration de revenus.

Option pour l’IS possible

L’article 206, 3 du CGI permet cependant à l’associé unique personne physique d’opter pour l’impôt sur les sociétés (IS). L’option doit être formalisée et exercée dans les conditions prévues par l’article 239 du CGI. Cette option rend l’EURL opaque fiscalement : les bénéfices sont alors imposés au nom de la société, sans imposition immédiate au niveau de l’associé, sauf en cas de distribution de dividendes.

À noter : l’option pour l’IS est irrévocable, sauf si elle est dénoncée dans les cinq premières années suivant l’option, conformément à l’article 239, 1 bis du CGI.

L’associé unique est une personne morale : imposition obligatoire à l’IS

Lorsque l’associé unique est une personne morale, l’EURL est automatiquement soumise à l’impôt sur les sociétés (IS), sans possibilité d’option pour l’impôt sur le revenu (article 206, 1 du CGI).

Le taux normal de l’IS est fixé à 25 % (conformément à l’article 219, I du CGI). Un taux réduit de 15 % peut s’appliquer, sur une fraction de 42 500 € de bénéfice, si l’EURL remplit les conditions posées par l’article 219, I-b du CGI, notamment un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros.

Régimes d’imposition des bénéfices : micro, réel simplifié, réel normal

Le régime d’imposition des bénéfices dépend de l’impôt applicable et de l’activité exercée par l’EURL.

EURL à l’IR : imposition selon la catégorie de revenus

Si l’EURL est à l’IR, le régime dépend de la nature de l’activité :

  • Pour une activité commerciale ou artisanale (BIC) :
    • micro-BIC si le CA HT est inférieur à 188 700 € (vente de biens) ou 77 700 € (prestations de services),
    • régime réel simplifié ou réel normal au-delà de ces seuils.
  • Pour une activité non commerciale (BNC) :
    • micro-BNC si le CA HT est inférieur à 77 700 €,
    • déclaration contrôlée dans les autres cas.

Ces régimes sont définis par les articles 50-0 et 102 ter du CGI.

EURL à l’IS : réel simplifié ou réel normal

Les EURL soumises à l’IS relèvent obligatoirement d’un régime réel, défini par les articles 53 A et 302 septies A du CGI :

  • Régime réel simplifié :
    • si le CA HT n’excède pas 840 000 € pour les activités de vente,
    • ou 254 000 € pour les prestations de service.
  • Régime réel normal :
    • au-delà de ces seuils.

L’administration fiscale exige alors la production des liasses fiscales correspondantes (formulaires 2033 ou 2050 et 2065).

Quel régime de TVA pour une EURL ?

L’EURL peut être soumise à l’un des trois régimes de TVA suivants, selon son chiffre d’affaires annuel :

Franchise en base de TVA

Selon l’article 293 B du CGI, si le CA HT de l’année précédente est inférieur à :

  • 85 800 € pour les ventes de biens,
  • 34 400 € pour les prestations de services,

alors l’EURL peut bénéficier de la franchise en base. Cela signifie aucune TVA à facturer ni à déduire. Cette dispense est avantageuse pour les petites structures, mais limite la récupération de la TVA sur les dépenses.

Régime réel simplifié de TVA

Ce régime s’applique aux EURL dépassant les seuils de franchise mais restant en dessous de :

  • 840 000 € (ventes),
  • 254 000 € (services).

Il suppose le dépôt d’une déclaration annuelle de TVA (CA12) et le versement d’acomptes semestriels, conformément à l’article 302 septies A bis du CGI.

Régime réel normal de TVA

Imposé aux entreprises dépassant les seuils précédents, ce régime implique une déclaration mensuelle ou trimestrielle (formulaire CA3), avec paiement de la TVA exigible après déduction de la TVA supportée.

Remarque importante : une EURL sous franchise en base ou régime simplifié peut opter pour le régime supérieur, ce qui peut être stratégique en cas de dépenses importantes soumises à TVA.

Conclusion

Le régime fiscal de l’EURL offre une grande souplesse, permettant à l’entrepreneur de choisir entre imposition sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés, selon sa situation personnelle ou sa stratégie de développement.

Cette flexibilité s’accompagne toutefois de règles techniques complexes, qu’il s’agisse du régime de TVA applicable, du choix entre micro et réel, ou encore de l’impact de la nature de l’associé unique (personne physique ou morale).

Il est donc essentiel, avant de se lancer, de bien anticiper les conséquences fiscales de chaque option. Un accompagnement par un professionnel du droit ou par l’équipe de defendstesdroits.fr permet d’éviter les erreurs et d’optimiser la gestion de son entreprise dès sa création.

FAQ

1. L’EURL est-elle automatiquement soumise à l’impôt sur le revenu ?

Non, cela dépend de la nature de l’associé unique. Lorsque l’associé unique est une personne physique, l’EURL est, par défaut, soumise à l’impôt sur le revenu (IR), conformément à l’article 8 du Code général des impôts (CGI). Dans ce cas, l’entreprise est dite « transparente » fiscalement : les bénéfices sont imposés directement entre les mains de l’associé, dans la catégorie de revenus correspondant à l’activité (BIC, BNC ou BA).
Cependant, l’associé unique peut opter pour l’impôt sur les sociétés (IS), ce qui rend l’EURL « opaque » : l’imposition s’effectue alors au niveau de la société. Cette option peut être intéressante pour bénéficier d’un taux d’imposition fixe et différer la taxation des dividendes.

2. L’associé unique d’une EURL peut-il toujours choisir l’IS ?

Pas dans tous les cas. Seule une personne physique associée unique peut choisir entre l’IR et l’IS. Lorsque l’associé unique est une personne morale, l’EURL est obligatoirement soumise à l’impôt sur les sociétés (IS), sans possibilité d’opter pour l’IR.
L’option pour l’IS est formalisée auprès de l’administration fiscale et doit respecter les conditions fixées par l’article 239 du CGI. Une fois exercée, cette option est irrévocable, sauf si elle est dénoncée dans un délai de cinq ans, sous réserve des règles précisées par la doctrine administrative.

3. Quels sont les différents régimes d’imposition des bénéfices applicables à une EURL ?

Le régime d’imposition des bénéfices varie en fonction du choix entre IR et IS et du niveau de chiffre d’affaires :

  • Si l’EURL est à l’IR, elle peut relever :
    • du régime micro-BIC ou micro-BNC (en dessous des seuils),
    • du régime réel simplifié,
    • ou du régime réel normal.
  • Si l’EURL est à l’IS, elle relèvera nécessairement d’un régime réel : simplifié ou normal selon le CA.

Ces régimes déterminent les obligations comptables et les liasses fiscales à produire (formulaires 2033 ou 2050, 2065, etc.). Le choix du régime influe sur le montant de l’imposition, les charges déductibles et la complexité de la gestion fiscale.

4. Quel régime de TVA s’applique à une EURL ?

Une EURL peut relever de trois régimes de TVA, selon son chiffre d’affaires :

  • La franchise en base de TVA, prévue à l’article 293 B du CGI, dispense l’entreprise de facturer et de déclarer la TVA si le CA est inférieur à 85 800 € (vente) ou 34 400 € (services).
  • Le régime réel simplifié, avec déclaration annuelle et acomptes semestriels, est applicable en dessous de 840 000 € ou 254 000 € de CA.
  • Le régime réel normal, avec déclaration mensuelle ou trimestrielle, est obligatoire au-delà.

Chaque régime a ses avantages et inconvénients, notamment en matière de TVA déductible, de trésorerie, et de formalités déclaratives.

5. Quels sont les avantages fiscaux de l’EURL par rapport à d’autres statuts ?

L’EURL permet de maîtriser finement l’imposition des bénéfices, grâce à son double régime fiscal possible (IR ou IS). À l’IR, les bénéfices sont directement imposés chez l’associé, ce qui peut être avantageux si les revenus globaux sont faibles. À l’IS, le taux fixe permet une fiscalité plus prévisible, et une optimisation peut être envisagée en matière de rémunération/dividendes.
Par ailleurs, l’EURL permet d’opter pour des régimes simplifiés de TVA ou d’imposition selon le volume d’activité, ce qui peut réduire les charges administratives. Enfin, elle offre une protection du patrimoine personnel, tout en conservant une structure adaptée aux entrepreneurs individuels.

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