Pénal

Démarchage téléphonique illégal : Droits, recours et sanctions

Francois Hagege
Fondateur
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Appels commerciaux intempestifs : Quels recours pour les stopper ?

Le démarchage téléphonique est une méthode de prospection commerciale largement répandue, permettant aux entreprises de proposer leurs services aux consommateurs.

Cependant, cette pratique peut rapidement devenir intrusive et abusive, notamment lorsque les appels se multiplient à des heures inappropriées ou qu’ils ciblent des personnes s’étant opposées à toute sollicitation.

Face à ces dérives, la législation française a instauré un cadre strict pour protéger les consommateurs et sanctionner les abus. Quelles sont les règles encadrant le démarchage téléphonique ? Comment identifier une pratique illégale ? Quelles solutions existent pour s’en prémunir et agir contre ces pratiques ?

Sommaire

  1. Quand un démarchage téléphonique devient-il illégal ?
  2. Définition du démarchage téléphonique
  3. Les nouvelles règles du démarchage téléphonique
  4. Les cas où le démarchage est illégal
  5. Comment lutter contre le démarchage abusif ?
  6. Sanctions en cas de démarchage téléphonique illégal
  7. FAQ

Quand un démarchage téléphonique devient-il illégal ?

En principe, le démarchage téléphonique est autorisé en France. Il est cependant strictement encadré par le Code de la consommation et divers textes réglementaires. Un démarchage devient illégal dès lors qu’il ne respecte pas les conditions légales en matière de fréquence, d’horaires, de consentement du consommateur ou encore de respect des listes d’opposition.

1. Définition du démarchage téléphonique

Le démarchage téléphonique désigne toute sollicitation effectuée par un professionnel auprès d’un consommateur dans le but de conclure un contrat à distance. Cette pratique s’inscrit dans le cadre des contrats hors établissement, donnant ainsi au consommateur un droit de rétractation de 14 jours.

2. Les nouvelles règles du démarchage téléphonique

Depuis la loi n° 2020-901 du 24 juillet 2020 et le décret n° 2022-1313 du 13 octobre 2022, le démarchage téléphonique est soumis à des restrictions strictes :

  • Il ne peut être effectué que du lundi au vendredi, entre 10h00 et 13h00 et entre 14h00 et 20h00.
  • Il est interdit les samedis, dimanches et jours fériés.
  • Un professionnel ne peut démarcher un même consommateur plus de 4 fois en 30 jours.
  • En cas de refus du consommateur, l’appelant ne peut plus le recontacter pendant 60 jours.

Les cas où le démarchage est illégal

Un démarchage téléphonique devient illégal dès lors qu’il enfreint les dispositions légales établies par le Code de la consommation, le Code pénal ou d'autres textes réglementaires encadrant cette pratique. Plusieurs situations peuvent caractériser un démarchage téléphonique illicite, mettant en cause la responsabilité du professionnel et ouvrant droit à des recours pour le consommateur.

1. L’appel est effectué en dehors des horaires autorisés

Depuis le 1er mars 2023, le décret n° 2022-1313 du 13 octobre 2022 impose des horaires stricts pour les appels commerciaux :

  • Du lundi au vendredi, entre 10h00 et 13h00 et entre 14h00 et 20h00.
  • Interdiction stricte les samedis, dimanches et jours fériés, sauf si le consommateur a donné un consentement préalable et exprès.

Tout appel effectué en dehors de ces plages horaires constitue une violation de la réglementation, exposant le professionnel à des sanctions administratives et financières.

2. L’appel cible un consommateur inscrit sur une liste d’opposition

L’article L. 223-1 du Code de la consommation instaure une protection pour les personnes refusant toute prospection téléphonique. Ces consommateurs peuvent s’inscrire gratuitement sur la liste Bloctel, qui interdit aux entreprises de les contacter, sauf en cas de relation contractuelle préexistante.

🔹 Exemple de démarchage illégal : Une société de téléphonie appelle un consommateur inscrit sur Bloctel pour lui proposer une nouvelle offre. Cet appel constitue une infraction et peut être signalé auprès des autorités compétentes (DGCCRF).

3. L’appelant dissimule son numéro ou utilise un numéro frauduleux

Selon l’article L. 221-17 du Code de la consommation, un professionnel ne peut masquer son numéro ni utiliser un faux numéro lors d’un démarchage téléphonique. Cette règle vise à garantir une transparence et à permettre au consommateur d’identifier son interlocuteur.

🔹 Pratique frauduleuse courante : Certains démarcheurs utilisent des numéros modifiés ressemblant à des indicatifs locaux pour tromper le consommateur et l’inciter à décrocher. Ces techniques sont strictement interdites et peuvent être sanctionnées par la DGCCRF.

4. L’appel vise à induire en erreur le consommateur

L’article L. 121-6 du Code de la consommation réprime les pratiques commerciales agressives et trompeuses, notamment lorsque :

  • Le commercial présente des informations fausses ou mensongères.
  • Le professionnel fait pression pour forcer le consommateur à accepter une offre.
  • L’appelant se fait passer pour un organisme officiel (CAF, impôts, fournisseur d’énergie) pour obtenir des informations confidentielles.

Ces pratiques constituent une violation des droits du consommateur et peuvent entraîner l’annulation du contrat conclu sous pression, ainsi que des poursuites contre l’entreprise fautive.

5. L’appel devient harcelant par sa fréquence excessive et son caractère oppressant

Lorsqu’un démarchage téléphonique dépasse les limites du raisonnable, il peut être qualifié de harcèlement téléphonique, une infraction pénalement répréhensible.

L’article 222-16 du Code pénal punit le harcèlement téléphonique lorsque :

  • Une personne est contactée de manière répétée sans son consentement.
  • Les appels ont pour effet de troubler la tranquillité ou d’exercer une pression psychologique.
  • Le comportement de l’appelant génère une situation anxiogène pour la victime.

🔹 Sanction prévue : Jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende pour l’auteur du harcèlement.

En cas de harcèlement téléphonique, le consommateur peut porter plainte auprès de la police ou de la gendarmerie et fournir un relevé des appels reçus pour appuyer sa dénonciation.

En violation des règles du démarchage téléphonique, un professionnel s’expose à des sanctions lourdes, pouvant aller jusqu’à 375 000 euros d’amende pour une entreprise et 75 000 euros pour un dirigeant. Il est donc essentiel pour les consommateurs d’être vigilants, d’identifier ces pratiques abusives et de signaler toute infraction aux autorités compétentes.

Comment lutter contre le démarchage abusif ?

Face au démarchage téléphonique illégal, plusieurs solutions existent pour s’en protéger et agir contre ces pratiques.

1. S’inscrire sur une liste d’opposition

Le service Bloctel, mis en place par l'État, permet aux consommateurs de s’opposer au démarchage commercial. Une inscription sur Bloctel interdit aux professionnels de contacter les numéros enregistrés, sauf s’ils ont une relation contractuelle préalable avec le consommateur.

🔹 À noter : Bloctel ne protège pas contre certains types de démarchage, notamment ceux liés aux formations CPF ou à la rénovation énergétique.

2. Signaler les pratiques abusives

Lorsqu’un appel illégal ou abusif est reçu, il est recommandé de le signaler aux autorités compétentes :

  • Sur Bloctel.gouv.fr, pour dénoncer un démarchage non conforme.
  • Via le site 33700.fr ou par SMS au 33700, pour signaler les numéros frauduleux ou les arnaques téléphoniques.
  • À la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui peut engager des sanctions contre les entreprises fautives.

3. Utiliser un dispositif de blocage des appels indésirables

De nombreux smartphones et opérateurs proposent des solutions de filtrage permettant de bloquer les appels indésirables :

  • Activer la fonction anti-spam sur son téléphone.
  • Installer une application tierce de blocage d’appels (ex. : Truecaller).
  • Contacter son opérateur téléphonique pour demander le blocage de numéros spécifiques.

Sanctions en cas de démarchage téléphonique illégal

Les entreprises et professionnels qui ne respectent pas la réglementation sur le démarchage téléphonique s'exposent à des sanctions financières et pénales pouvant être particulièrement lourdes. Ces sanctions visent à protéger les consommateurs contre les pratiques abusives et à dissuader les entreprises d’adopter des méthodes de prospection illégales.

1. Amendes administratives pour non-respect des règles de démarchage

Les sanctions financières prévues par le Code de la consommation sont proportionnelles à la gravité de l’infraction et peuvent atteindre des montants significatifs :

  • Une amende pouvant aller jusqu’à 375 000 euros pour une entreprise (art. L. 242-16 du Code de la consommation).
  • Une amende pouvant atteindre 75 000 euros pour un dirigeant d’entreprise reconnu personnellement responsable.

Ces sanctions sont généralement prononcées par la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) après un contrôle des pratiques commerciales d’une entreprise.

🔹 Exemple : Une société de téléphonie a été condamnée à plusieurs centaines de milliers d’euros d’amende pour avoir démarché des consommateurs inscrits sur Bloctel et pour des appels répétés en dehors des horaires autorisés.

2. Sanctions pénales en cas de harcèlement téléphonique

Dans les cas où le démarchage devient abusif et répété, il peut être qualifié de harcèlement téléphonique, une infraction réprimée par le Code pénal. L’article 222-16 du Code pénal punit toute personne qui, par des appels téléphoniques répétés, cause une perturbation à la tranquillité d’autrui.

🔹 Les sanctions prévues pour harcèlement téléphonique :

  • Jusqu’à 1 an d’emprisonnement.
  • 15 000 euros d’amende.

Cette infraction peut être retenue contre un téléconseiller individuel, un dirigeant d’entreprise ou une société en tant que personne morale, dès lors que les pratiques abusives sont avérées.

3. Risques de condamnations civiles et dommages-intérêts pour les victimes

Les consommateurs victimes d’un démarchage téléphonique illégal peuvent également saisir la justice pour demander des dommages-intérêts en réparation du préjudice subi.

🔹 Exemples de préjudices pouvant donner lieu à une indemnisation :

  • Une pression commerciale excessive ayant conduit à une souscription forcée à un service.
  • Une atteinte à la vie privée, en raison d’appels insistants à des heures tardives.
  • Une fraude où le consommateur a été trompé et a subi une perte financière.

4. Pouvoirs de la DGCCRF et contrôles renforcés

La DGCCRF est chargée de veiller à l’application stricte des règles sur le démarchage téléphonique. Elle peut mener des contrôles d’office ou en réponse aux plaintes des consommateurs.

  • Elle peut exiger la mise en conformité d’une entreprise.
  • En cas de violation répétée, elle peut prononcer des amendes administratives ou saisir la justice.
  • La DGCCRF collabore avec la CNIL pour sanctionner les atteintes à la protection des données personnelles en cas d’utilisation abusive de fichiers clients.

Un impératif : la vigilance des consommateurs

Le démarchage téléphonique illégal constitue une atteinte aux droits des consommateurs, nécessitant une vigilance accrue face aux appels intempestifs et une réaction rapide en cas d’abus. En signalant les infractions, en s’inscrivant sur des listes d’opposition et en portant plainte si nécessaire, chacun peut contribuer à faire respecter la réglementation et à lutter contre ces pratiques commerciales agressives.

Conclusion

La lutte contre le démarchage téléphonique illégal repose sur une combinaison de réglementation stricte et d’outils mis à disposition des consommateurs. Si les règles actuelles visent à encadrer cette pratique, leur application effective dépend en grande partie de la vigilance des citoyens et des signalements effectués auprès des autorités compétentes.

En s’inscrivant sur une liste d’opposition, en signalant les abus et en utilisant des dispositifs de blocage, chacun peut contribuer à limiter ces sollicitations intrusives et à faire respecter ses droits en tant que consommateur.

FAQ

1. Comment reconnaître un démarchage téléphonique illégal ?

Un démarchage téléphonique devient illégal lorsqu’il ne respecte pas les règles établies par le Code de la consommation et le Code pénal. Plusieurs critères permettent d’identifier une sollicitation abusive ou frauduleuse :

  • L’appel est effectué en dehors des horaires autorisés : Depuis le 1er mars 2023, les appels commerciaux sont autorisés uniquement du lundi au vendredi, entre 10h00 et 13h00 et entre 14h00 et 20h00 (art. D. 223-9 du Code de la consommation). Tout appel hors de ces plages horaires est illégal.
  • Le consommateur est inscrit sur une liste d’opposition au démarchage : L’article L. 223-1 du Code de la consommation interdit aux professionnels de contacter les personnes inscrites sur la liste Bloctel, sauf en cas de relation contractuelle existante.
  • L’appelant masque son numéro ou utilise un faux indicatif : Il est strictement interdit de masquer son numéro ou d’utiliser un numéro frauduleux pour tromper le destinataire (art. L. 221-17 du Code de la consommation).
  • L’appel est trompeur ou mensonger : Si le professionnel donne des informations fausses, incomplètes ou trompeuses dans le but d’influencer la décision du consommateur, il enfreint l’article L. 121-6 du Code de la consommation.
  • L’appel est répétitif et oppressant : Lorsqu’un consommateur reçoit plus de 4 appels en 30 jours d’un même démarcheur, ou qu’il est recontacté après avoir explicitement refusé l’offre, cela constitue un abus. En cas de harcèlement téléphonique, l’article 222-16 du Code pénal prévoit une sanction pouvant aller jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

2. Quels sont les jours et horaires légaux pour le démarchage téléphonique ?

Le décret n° 2022-1313 du 13 octobre 2022 encadre strictement les horaires du démarchage téléphonique afin de protéger les consommateurs des sollicitations abusives. Depuis le 1er mars 2023, les règles suivantes s’appliquent (art. D. 223-9 du Code de la consommation) :

  • Jours autorisés : du lundi au vendredi.
  • Jours interdits : le samedi, dimanche et les jours fériés.
  • Horaires autorisés : de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 20h00.
  • Horaires interdits : avant 10h00, entre 13h00 et 14h00, et après 20h00.

Toute sollicitation commerciale en dehors de ces plages horaires est illégale, sauf si le consommateur a donné un consentement exprès pour être contacté à un autre moment.

3. Que faire pour stopper les appels de démarchage téléphonique ?

Face aux appels indésirables, plusieurs solutions existent pour se protéger efficacement et faire respecter ses droits en tant que consommateur :

  • S’inscrire sur la liste d’opposition Bloctel : Ce service gratuit empêche les professionnels de vous contacter à des fins commerciales (art. L. 223-1 du Code de la consommation).
  • Refuser explicitement l’appel et demander à être retiré des fichiers : Si un professionnel insiste, il est tenu de cesser immédiatement tout contact pendant 60 jours (art. D. 223-9 du Code de la consommation).
  • Signaler le numéro frauduleux sur le site 33700.fr ou par SMS au 33700 : Ce service officiel permet de transmettre les numéros abusifs aux autorités compétentes pour enquête.
  • Bloquer les numéros indésirables via son téléphone ou son opérateur : Certains téléphones et applications permettent de filtrer automatiquement les appels commerciaux.
  • Porter plainte en cas de harcèlement : Si les appels sont incessants ou malveillants, une plainte peut être déposée auprès de la police, gendarmerie ou DGCCRF pour engager des sanctions contre l’entreprise fautive.

4. Quelles sanctions encourent les entreprises en cas de démarchage illégal ?

Les professionnels qui enfreignent la réglementation sur le démarchage téléphonique s’exposent à des sanctions financières et pénales sévères :

  • Une amende pouvant aller jusqu’à 375 000 euros pour une entreprise (art. L. 242-16 du Code de la consommation).
  • Une amende pouvant atteindre 75 000 euros pour un dirigeant d’entreprise.
  • Une peine d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende en cas de harcèlement téléphonique (art. 222-16 du Code pénal).

En cas d’abus avéré, les consommateurs peuvent également demander des dommages-intérêts en justice pour obtenir réparation du préjudice subi (ex. : pression commerciale abusive, perte financière, atteinte à la vie privée).

5. Comment signaler un démarchage téléphonique abusif aux autorités ?

Lorsqu’un démarchage téléphonique est illégal, il est essentiel de le signaler afin d’éviter que d’autres consommateurs ne soient victimes de la même pratique. Plusieurs moyens sont mis à disposition pour transmettre les infractions aux autorités compétentes :

  • Signaler l’appel sur Bloctel.gouv.fr : Ce site permet d’identifier les entreprises fautives et de transmettre les plaintes à la DGCCRF.
  • Utiliser la plateforme 33700.fr ou envoyer un SMS au 33700 avec le numéro suspect : Ce service officiel centralise les signalements pour lutter contre les escroqueries téléphoniques.
  • Déposer une plainte auprès de la DGCCRF : En cas de pratiques abusives répétées, une plainte peut être transmise à la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes via leur site officiel.
  • Saisir la CNIL en cas d’atteinte aux données personnelles : Si un professionnel utilise les données du consommateur sans son consentement, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) peut intervenir pour faire cesser la pratique et sanctionner l’entreprise.
  • Porter plainte auprès des forces de l’ordre en cas de harcèlement téléphonique : Si les appels deviennent répétitifs et oppressants, une plainte peut être déposée auprès de la police ou de la gendarmerie, avec un relevé des numéros concernés comme preuve.

Grâce à ces mécanismes de protection, il est possible de stopper efficacement le démarchage illégal et de faire respecter ses droits en tant que consommateur.

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