Travail

Fiscalité des avantages en nature et frais professionnels : que dit la loi ?

Estelle Marant
Collaboratrice
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Frais professionnels ou avantages en nature : comment faire la différence ?

En droit du travail, la distinction entre frais professionnels et avantages en nature constitue une question récurrente, souvent source de confusion pour les employeurs comme pour les salariés. Pourtant, cette distinction emporte des conséquences juridiques majeures, notamment en matière de cotisations sociales et de fiscalité.

Mal qualifier une dépense peut entraîner une requalification par l'Urssaf, suivie d’un redressement. Il est donc fondamental de comprendre ces deux notions, encadrées tant par les textes que par la jurisprudence.

Cet article vous aide à identifier les différences essentielles, à travers les définitions, les exemples concrets et les régimes applicables à chaque situation.

Sommaire

  1. Exemples courants de frais professionnels
  2. Avantages en nature : une économie personnelle du salarié
  3. Exemples d’avantages en nature
  4. Quelles implications fiscales et sociales pour l’entreprise
  5. Comment différencier les deux notions dans la pratique
  6. Conclusion
  7. FAQ

Frais professionnels : une dépense engagée dans l’intérêt de l’employeur

Une définition strictement encadrée

Selon l’article L. 242-1 du Code de la sécurité sociale, les frais professionnels sont des charges que le salarié engage dans l’exercice de ses fonctions, dans l’intérêt exclusif de l’employeur, et qui n’ont pas vocation à constituer une rémunération. Ces dépenses peuvent être remboursées soit au réel, sur présentation de justificatifs, soit de manière forfaitaire, sous certaines conditions.

La jurisprudence de la Cour de cassation confirme régulièrement que ces frais ne doivent en aucun cas être confondus avec une rémunération. À défaut, ils doivent être réintégrés dans l’assiette des cotisations sociales (Cass. soc., 25 mars 2010, n° 08-44.898).

Exemples courants de frais professionnels

Parmi les dépenses considérées comme frais professionnels, on peut citer :

  • les frais de déplacement professionnel (transport, hébergement, restauration) ;
  • l’utilisation du véhicule personnel à des fins professionnelles ;
  • les frais liés au télétravail (connexion internet, mobilier, électricité) ;
  • les dépenses de formation obligatoire ;
  • l’achat de tenues professionnelles spécifiques imposées par la nature de l’activité.

Ces frais, lorsqu’ils sont correctement justifiés, ne sont pas soumis à cotisations sociales, conformément au Bulletin officiel de la Sécurité sociale (BOSS – rubrique « frais professionnels »).

Avantages en nature : une économie personnelle du salarié

Un complément de rémunération

À l’inverse, les avantages en nature sont considérés comme une forme de rémunération non monétaire, qui permettent au salarié de bénéficier gratuitement (ou à coût réduit) d’un bien ou service à usage personnel. L’article L. 3221-3 du Code du travail les assimile à un élément de salaire dès lors qu’ils sont fournis en contrepartie ou à l’occasion du travail.

Ils sont donc intégrés dans l’assiette des cotisations sociales et sont soumis à l’impôt sur le revenu dans le cadre du prélèvement à la source.

Exemples d’avantages en nature

Les situations suivantes constituent des avantages en nature :

  • logement de fonction mis gratuitement à disposition ;
  • véhicule de fonction utilisé à titre personnel ;
  • repas pris en charge par l’entreprise en dehors des déplacements professionnels ;
  • téléphone ou ordinateur portable mis à disposition pour un usage personnel ;
  • voyages offerts au salarié pour des motifs extraprofessionnels.

La Cour de cassation a réaffirmé cette qualification dans un arrêt du 2 juin 2016 (Cass. soc., n° 15-11.240), retenant l’existence d’un avantage en nature lorsque le salarié dispose d’un véhicule de fonction pour ses trajets personnels, même sans usage professionnel effectif.

Quelles implications fiscales et sociales pour l’entreprise ?

Traitement social différencié

Les frais professionnels, dans la mesure où ils sont engagés dans l’intérêt de l’employeur, sont exonérés de cotisations sociales, à condition de respecter les plafonds et modalités fixés par l’administration (BOFiP, BOI-RSA-BASE-30-50-30).

À l’inverse, les avantages en nature doivent être intégrés à la base de calcul des cotisations Urssaf. L’évaluation peut se faire soit au réel, soit selon un barème forfaitaire publié annuellement par l’Urssaf. La mention de ces avantages sur le bulletin de paie est obligatoire.

Incidences fiscales

Sur le plan fiscal, les frais professionnels peuvent être :

  • remboursés sur justificatifs, et dans ce cas exclus du revenu imposable ;
  • versés sous forme d’allocations forfaitaires, dans la limite des plafonds exonérés.

Quant aux avantages en nature, ils constituent un revenu imposable pour le salarié, intégré dans le calcul de l’impôt sur le revenu prélevé à la source.

Comment différencier les deux notions dans la pratique ?

La frontière entre frais professionnels et avantages en nature peut parfois sembler floue, en particulier lorsque le bien ou le service mis à disposition du salarié peut avoir un usage mixte, à la fois professionnel et personnel. Il est donc essentiel de s’appuyer sur des critères objectifs pour éviter toute requalification par l’Urssaf.

La doctrine administrative (notamment le Bulletin officiel de la Sécurité sociale - BOSS) et la jurisprudence insistent sur un critère fondamental : la finalité de la dépense.

  • Lorsque la dépense est nécessaire à l’exécution du contrat de travail, qu’elle est engagée dans l’intérêt exclusif de l’employeur et qu’elle ne profite pas directement au salarié à titre personnel, il s’agit d’un frais professionnel.
  • À l’inverse, lorsqu’un bien ou un service permet au salarié de réaliser une économie personnelle, même si ce bien a initialement été fourni pour des raisons professionnelles, il s’agit d’un avantage en nature.

Exemples concrets :

  • Un ordinateur portable remis au salarié dans le cadre du télétravail, utilisé uniquement pour l’exercice de ses fonctions professionnelles, est un frais professionnel.
  • Le même ordinateur devient un avantage en nature si le salarié l’utilise également à des fins personnelles (navigation internet, loisirs numériques, stockage de fichiers privés), à moins que l’employeur puisse démontrer une restriction claire de l’usage personnel, ou que l’usage soit strictement encadré par une charte ou une politique interne.

De même :

  • Un véhicule de fonction mis à disposition pour effectuer des tournées commerciales est un frais professionnel si son usage est strictement limité aux déplacements professionnels, avec des contrôles (carnet de bord, interdiction contractuelle d’usage privé).
  • En revanche, ce même véhicule devient un avantage en nature dès lors que le salarié l’utilise pour ses trajets domicile-travail ou pour des déplacements personnels, sauf si l’usage privé est rigoureusement interdit et contrôlé.

Il est donc fondamental pour l’employeur :

  • de documenter précisément la nature, les modalités d'utilisation et l’objet du bien ou du service fourni ;
  • d’établir une politique interne claire, encadrant l’usage professionnel ou personnel des biens mis à disposition ;
  • de faire figurer ces règles dans le contrat de travail, une note de service, un règlement intérieur ou une charte informatique si nécessaire.

Enfin, en cas de contrôle, l’employeur supporte la charge de la preuve : en l’absence d’éléments démontrant un usage exclusivement professionnel, l’Urssaf est fondée à requalifier l’avantage en rémunération et à réintégrer les montants dans l’assiette des cotisations sociales.

Ce travail de qualification fine permet ainsi de sécuriser le traitement social et fiscal des dépenses et de limiter les risques de redressement.

Conclusion

La bonne compréhension des notions de frais professionnels et d’avantages en nature permet de sécuriser la relation de travail sur le plan juridique, social et fiscal.

En tant qu’employeur, une politique claire et conforme aux règles édictées par le Code du travail, le Code de la sécurité sociale et les instructions du BOSS est indispensable pour éviter toute requalification lors d’un contrôle Urssaf.

Pour aller plus loin et vous assurer d’une application rigoureuse de ces régimes, n’hésitez pas à consulter les contenus approfondis sur defendstesdroits.fr, ou à solliciter l’avis d’un professionnel du droit.

FAQ

1. Quelle est la différence entre un frais professionnel et un avantage en nature ?
La différence fondamentale réside dans la finalité de la dépense et son usage.
Un frais professionnel correspond à une dépense engagée par le salarié dans le cadre de son activité professionnelle, pour le compte de l’employeur. Il ne constitue ni un revenu ni un avantage pour le salarié, à condition qu’il soit justifié et nécessaire à l’exécution du contrat de travail.
Exemples : frais de déplacement pour un rendez-vous client, achat de fournitures spécifiques, hébergement en mission, etc.

En revanche, un avantage en nature est un bien ou service mis à disposition du salarié à titre personnel, gratuitement ou à un prix inférieur à sa valeur réelle. Il s’agit donc d’un complément de rémunération, car il permet au salarié de réaliser une économie sur une dépense qu’il aurait normalement supportée.
Exemples : logement de fonction, véhicule utilisé à des fins personnelles, repas gratuits, etc.

2. Pourquoi la bonne qualification est-elle si importante pour l’employeur ?
La qualification correcte d’une dépense permet d’éviter de graves conséquences en cas de contrôle de l’Urssaf.
Un frais professionnel est exonéré de cotisations sociales s’il respecte les conditions fixées par l’administration (BOFiP et BOSS). Si une dépense est mal qualifiée comme frais professionnel alors qu’il s’agit en réalité d’un avantage en nature, l’Urssaf peut la requalifier comme rémunération.

Cela implique :

  • Le paiement rétroactif des cotisations sociales (salaires, CSG-CRDS, cotisations retraite, etc.) ;
  • Des majorations et pénalités de retard ;
  • Une remise en cause de l’exonération fiscale pour le salarié (réintégration dans son revenu imposable).

La mauvaise qualification peut également fragiliser le climat social dans l’entreprise, en cas de litige prud’homal.

3. Quels documents permettent de sécuriser l’usage professionnel d’un bien ou service ?
Pour éviter toute ambiguïté, l’employeur doit formellement encadrer l’usage professionnel des biens mis à disposition. Il peut notamment :

  • Intégrer une clause spécifique dans le contrat de travail ;
  • Rédiger une note de service ou une charte d’entreprise (par exemple, pour l’usage du matériel informatique ou des véhicules) ;
  • Mettre en place un carnet de bord pour les véhicules ;
  • Mentionner dans la fiche de paie les remboursements de frais ou la valorisation des avantages en nature.

En cas de litige ou de contrôle, c’est à l’employeur de prouver le caractère exclusivement professionnel de l’usage du bien. L’absence de preuve entraîne une présomption d’avantage en nature.

4. L’usage mixte d’un bien (professionnel et personnel) peut-il être toléré ?
Oui, un usage mixte est possible, mais il nécessite une évaluation précise de la part réservée à l’usage personnel. Cette partie sera alors traitée comme un avantage en nature, soumis à cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu.
Par exemple, si un véhicule de fonction est utilisé à 60 % pour des déplacements professionnels et à 40 % pour des trajets personnels, seule la part personnelle doit être valorisée et déclarée comme avantage en nature.

L’administration prévoit à ce titre des barèmes forfaitaires (notamment pour les véhicules, repas, logement) permettant d’évaluer les avantages en nature sans avoir à reconstituer les frais réels. Ces barèmes sont mis à jour chaque année par l’Urssaf.

5. Quels sont les régimes fiscaux et sociaux applicables à ces deux notions ?
Les frais professionnels, lorsqu’ils sont justifiés ou versés dans les limites forfaitaires, sont :

  • Exonérés de cotisations sociales ;
  • Non imposables pour le salarié ;
  • Déductibles du résultat imposable pour l’employeur.

Ils peuvent être remboursés au réel (sur justificatifs) ou au forfait (dans les limites fixées). En cas de dépassement des seuils, l’excédent est réintégré dans l’assiette des cotisations, sauf justificatifs supplémentaires.

Les avantages en nature, en revanche, sont considérés comme des éléments de rémunération. Ils sont :

  • Soumis à cotisations sociales (base Urssaf) ;
  • Soumis à l’impôt sur le revenu du salarié via le prélèvement à la source ;
  • Devant être mentionnés sur le bulletin de paie.

Il est donc impératif d’effectuer une évaluation rigoureuse des avantages en nature, soit sur la base de leur valeur réelle, soit selon les barèmes forfaitaires publiés par l’Urssaf.

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