Travail

Licenciement et mi-temps thérapeutique : quelles conditions respecter ?

Estelle Marant
Collaboratrice
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Temps partiel thérapeutique : peut-on mettre fin au contrat de travail ?

Lorsqu’un salarié est placé en mi-temps thérapeutique, il bénéficie d’un aménagement de son temps de travail afin de faciliter sa réintégration professionnelle après un arrêt maladie ou un accident du travail. Cette situation soulève plusieurs questions pour l’employeur, notamment sur la possibilité de rompre le contrat de travail par un licenciement ou une rupture conventionnelle.

Un licenciement motivé par le seul fait qu’un salarié est en temps partiel thérapeutique est interdit par la loi. Toutefois, d’autres motifs peuvent justifier une rupture du contrat, à condition qu’ils soient étrangers à l’état de santé du salarié. De même, une rupture conventionnelle peut être envisagée si les deux parties y consentent librement.

Quels sont les droits du salarié dans cette situation ? Quelles obligations pèsent sur l’employeur ? Et comment calculer les indemnités en cas de rupture du contrat ?

Sommaire

  1. Temps partiel thérapeutique : peut-on rompre le contrat de travail ?
  2. Licenciement d’un salarié en mi-temps thérapeutique
  3. Rupture conventionnelle et mi-temps thérapeutique
  4. Indemnités en cas de rupture du contrat
  5. Impact de l’arrêt maladie sur les indemnités
  6. FAQ
  7. Conclusion

Licencier un salarié en mi-temps thérapeutique : est-ce possible ?

Un licenciement interdit en raison du temps partiel thérapeutique

L’article L.1132-1 du Code du travail interdit à l’employeur de licencier un salarié en raison de son état de santé ou de son handicap. Ainsi, un licenciement motivé par le fait que le salarié est en mi-temps thérapeutique serait considéré comme discriminatoire et pourrait être annulé par le juge.

Le mi-temps thérapeutique est un aménagement du contrat de travail permettant au salarié de reprendre progressivement son activité après un arrêt de travail, une maladie ou un accident professionnel. Il est prescrit par le médecin traitant et validé par le médecin du travail. Son objectif est de favoriser la rééducation et l’adaptation progressive au poste de travail.

Si l’employeur tente de licencier un salarié uniquement en raison de son passage en temps partiel thérapeutique, le licenciement serait nul et exposerait l’employeur à des sanctions, notamment une réintégration du salarié ou une indemnisation importante (Cass. soc., 3 février 2021, n° 19-19.563).

Les cas où le licenciement est possible

Un licenciement peut toutefois être envisagé si le motif est étranger à l’état de santé du salarié. Les motifs recevables sont :

  • Licenciement pour motif économique : L’employeur peut licencier un salarié en temps partiel thérapeutique si l’entreprise fait face à des difficultés économiques avérées et que la suppression du poste est justifiée .
  • Licenciement pour inaptitude : Si le médecin du travail déclare le salarié inapte à son poste (y compris après un mi-temps thérapeutique) et que le reclassement est impossible (ou refusé par le salarié), un licenciement pour inaptitude médicale peut être engagé.
  • Licenciement pour faute : Si le salarié commet une faute disciplinaire, il peut être licencié pour faute simple, grave ou lourde, même s’il est en temps partiel thérapeutique. L’employeur devra toutefois prouver que la faute n’est pas liée à son état de santé (Cass. soc., 26 novembre 2002, n° 00-45.271).

Dans ces trois situations, l’employeur doit respecter la procédure légale de licenciement, sous peine de voir la sanction requalifiée en licenciement abusif.

Peut-on conclure une rupture conventionnelle avec un salarié en mi-temps thérapeutique ?

Un accord possible entre employeur et salarié

Contrairement au licenciement, rien n’interdit de conclure une rupture conventionnelle avec un salarié en temps partiel thérapeutique. Ce mode de rupture du contrat de travail repose sur l’accord mutuel des parties et permet au salarié de bénéficier des indemnités chômage après la fin de son contrat.

L’initiative de la rupture conventionnelle peut venir de l’employeur ou du salarié, mais elle ne peut être imposée. Une rupture conventionnelle forcée pourrait être requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse par le conseil de prud’hommes.

Les étapes de la procédure de rupture conventionnelle

  1. Entretien préalable entre l’employeur et le salarié pour négocier les conditions de la rupture.
  2. Signature de la convention précisant la date de fin du contrat et l’indemnité spécifique.
  3. Délai de rétractation de 15 jours calendaires après signature.
  4. Demande d’homologation auprès de la DREETS, qui dispose de 15 jours pour valider ou refuser la convention.
  5. Versement des indemnités et remise des documents de fin de contrat (certificat de travail, solde de tout compte, attestation France Travail).

Indemnités en cas de rupture du contrat en mi-temps thérapeutique

Calcul de l’indemnité de licenciement

En cas de licenciement, l’indemnité légale de licenciement est calculée selon les articles L.1234-9 et R.1234-2 du Code du travail :

  • 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les 10 premières années ;
  • 1/3 de mois de salaire par année d’ancienneté au-delà de 10 ans.

Cependant, la Cour de cassation a précisé que le salaire de référence servant de base au calcul de l’indemnité ne devait pas être affecté par le passage en temps partiel thérapeutique. Il faut retenir le salaire moyen des mois précédant l’arrêt de travail et non celui perçu durant le mi-temps thérapeutique (Cass. soc., 23 janvier 2019, n° 17-21.049).

Indemnité de rupture conventionnelle

L’indemnité de rupture conventionnelle suit la même règle que l’indemnité légale de licenciement :

  • Elle ne peut pas être inférieure à l’indemnité légale de licenciement.
  • Elle doit être calculée sur la base du salaire avant le mi-temps thérapeutique, pour éviter toute discrimination liée à l’état de santé du salarié.
  • Les parties peuvent négocier une indemnité supérieure, mais jamais inférieure au minimum légal.

Indemnité compensatrice de préavis et de congés payés

  • En cas de licenciement, si le salarié n’est pas dispensé de préavis, il percevra une indemnité compensatrice de préavis.
  • Une indemnité compensatrice de congés payés doit être versée si le salarié n’a pas pris tous ses jours de congés.

Impact de l’arrêt maladie sur les indemnités

Lorsqu’un salarié a été en arrêt maladie avant d’être placé en mi-temps thérapeutique, la question du salaire de référence servant au calcul de son indemnité de licenciement ou de son indemnité de rupture conventionnelle se pose.

Selon la jurisprudence de la Cour de cassation (Cass. soc., 16 septembre 2020, n° 18-23.764), l’employeur ne peut pas prendre en compte la période de mi-temps thérapeutique ni celle de l’arrêt maladie pour fixer le salaire de référence.

En effet, ces périodes entraînent généralement une réduction de la rémunération du salarié. Si ces périodes étaient prises en compte, l’indemnité de rupture serait artificiellement minorée, ce qui constituerait une discrimination fondée sur l’état de santé.

Ainsi, pour calculer l’indemnité de licenciement ou de rupture conventionnelle, il convient de se baser sur le salaire moyen perçu par le salarié avant son arrêt maladie et son passage en mi-temps thérapeutique.

Pourquoi cette règle est-elle essentielle ?

Cette règle vise à garantir une indemnisation plus juste et à éviter toute baisse injustifiée du montant de l’indemnité de rupture. Sans cette protection, un salarié ayant été en arrêt maladie et en temps partiel thérapeutique se verrait pénalisé par la diminution de son revenu, alors même qu’il s’agit d’un dispositif médical nécessaire à sa réintégration professionnelle.

Exemple concret

📌 Exemple :

  • Avant son arrêt maladie, un salarié percevait un salaire mensuel de 2 500 €.
  • Il a été en arrêt maladie pendant 3 mois, période durant laquelle il n’a perçu que des indemnités journalières de la Sécurité sociale.
  • À son retour, il a été placé en mi-temps thérapeutique pendant 4 mois, avec un salaire réduit à 1 250 € (correspondant à un temps partiel à 50 %).
  • Si l’on prenait en compte les 12 derniers mois avant la rupture du contrat, le salaire moyen de référence serait fortement diminué, entraînant une indemnité de rupture bien inférieure à celle qu’il aurait perçue en étant en activité normale.
  • En application de la jurisprudence, l’employeur doit donc calculer l’indemnité en se basant sur le salaire moyen des 12 ou 3 mois précédant l’arrêt maladie et non sur les périodes d’absence ou de temps partiel thérapeutique.

Cette solution permet d’éviter que le salarié ne subisse une double peine : d’une part, l’impact d’une maladie sur sa carrière, et d’autre part, une réduction injustifiée de ses droits en cas de rupture du contrat.

Conclusion

Le mi-temps thérapeutique constitue un dispositif essentiel pour permettre aux salariés de reprendre progressivement leur activité tout en bénéficiant d’un accompagnement médical. Toutefois, il n’empêche pas l’employeur de rompre le contrat de travail, à condition de respecter strictement le cadre légal et d’éviter toute discrimination fondée sur l’état de santé.

Un licenciement peut être prononcé pour un motif légitime, comme l’inaptitude constatée par le médecin du travail, un motif économique avéré, ou une faute disciplinaire. En revanche, une rupture conventionnelle reste une option envisageable si l’accord du salarié est obtenu sans contrainte.

Enfin, le calcul des indemnités de licenciement ou de rupture conventionnelle doit être réalisé sur la base du salaire perçu avant l’arrêt maladie, afin de garantir une indemnisation équitable et conforme à la jurisprudence.

FAQ

1. Un employeur peut-il licencier un salarié en mi-temps thérapeutique ?

Non, un employeur ne peut pas licencier un salarié en raison de son temps partiel thérapeutique. La loi interdit tout licenciement fondé sur l’état de santé du salarié , ce qui inclut la période durant laquelle il bénéficie d’un aménagement de son temps de travail pour raisons médicales.

Cependant, un licenciement reste possible si le motif est étranger à son état de santé, comme :

  • Un licenciement économique si l’entreprise connaît des difficultés justifiant une suppression de poste.
  • Un licenciement pour inaptitude si le salarié est déclaré inapte à son poste par le médecin du travail et qu’aucune solution de reclassement n’est possible.
  • Un licenciement disciplinaire si le salarié commet une faute grave ou lourde, sans lien avec son état de santé (Cass. soc., 26 novembre 2002, n° 00-45.271).

Dans tous les cas, l’employeur doit respecter la procédure légale sous peine de voir le licenciement annulé ou requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

2. Un salarié en mi-temps thérapeutique peut-il demander une rupture conventionnelle ?

Oui, un salarié en mi-temps thérapeutique peut demander une rupture conventionnelle, tout comme son employeur peut lui proposer ce mode de rupture. Contrairement au licenciement, la rupture conventionnelle est un accord amiable, prévu par l’article L.1237-11 du Code du travail.

Toutefois, certaines précautions doivent être prises :

  • Le salarié ne doit pas subir de pression pour accepter une rupture conventionnelle. Une rupture forcée pourrait être requalifiée en licenciement abusif.
  • La rupture conventionnelle doit respecter la procédure légale, incluant :
    • Un entretien préalable entre les parties ;
    • La signature d’une convention précisant la date de départ et l’indemnité de rupture ;
    • Un délai de rétractation de 15 jours ;
    • L’homologation par la DREETS sous 15 jours ouvrables.

La rupture conventionnelle ouvre droit aux allocations chômage, ce qui en fait une solution souvent avantageuse pour le salarié en mi-temps thérapeutique.

3. Comment sont calculées les indemnités de licenciement ou de rupture conventionnelle en cas de mi-temps thérapeutique ?

Le mi-temps thérapeutique n’impacte pas le calcul des indemnités de licenciement ni celles de la rupture conventionnelle. En effet, la Cour de cassation a précisé que le salaire de référence à prendre en compte est celui précédant l’arrêt maladie et le passage en mi-temps thérapeutique (Cass. soc., 23 janvier 2019, n° 17-21.049).

Ainsi, pour le calcul de l’indemnité légale de licenciement :

  • 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans ;
  • 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans.

Pour la rupture conventionnelle, l’indemnité ne peut pas être inférieure à celle du licenciement. Les parties peuvent toutefois négocier une somme plus avantageuse.

📌 Exemple :

  • Avant son arrêt maladie, un salarié percevait 2 500 € brut par mois.
  • Il a été en arrêt maladie pendant 4 mois, puis en mi-temps thérapeutique à 1 250 € pendant 6 mois.
  • Son indemnité sera calculée sur la base de 2 500 € et non de ses revenus réduits, pour éviter une baisse injustifiée de ses droits.

Cette règle protège les salariés d’une réduction de leurs indemnités liée à leur état de santé.

4. L’arrêt maladie avant le mi-temps thérapeutique influence-t-il le montant de l’indemnité ?

Oui, mais dans un sens protecteur pour le salarié. Lorsque le mi-temps thérapeutique est précédé d’un arrêt maladie prolongé, l’indemnité de licenciement ou de rupture conventionnelle doit être calculée sur la période précédant l’arrêt, et non sur la période de revenus réduits.

Cette règle a été confirmée par la Cour de cassation (Cass. soc., 16 septembre 2020, n° 18-23.764).

Cela signifie que l’employeur doit remonter à la période d’activité à temps plein avant l’arrêt maladie pour fixer le salaire de référence servant au calcul des indemnités.

📌 Exemple :

  • Un salarié gagne 3 000 € brut avant son arrêt maladie.
  • Il est en arrêt pendant 5 mois, puis en mi-temps thérapeutique à 1 500 € pendant 3 mois.
  • Son indemnité sera calculée sur la base des 3 000 € perçus avant son arrêt, et non sur la période réduite.

Cette jurisprudence empêche toute pénalisation injuste des salariés en raison de leur état de santé.

5. Quels risques pour l’employeur en cas de rupture abusive du contrat d’un salarié en mi-temps thérapeutique ?

Si un employeur licencie un salarié en mi-temps thérapeutique en violation des règles protectrices, il s’expose à de lourdes sanctions.

Si le licenciement est reconnu comme discriminatoire ou fondé sur l’état de santé du salarié, il peut être annulé par le conseil de prud’hommes et donner lieu à :

  • La réintégration du salarié, avec versement des salaires dus entre le licenciement et la réintégration.
  • Des dommages et intérêts, pouvant atteindre plusieurs mois de salaire, voire plus selon le préjudice subi.
  • Une amende pour discrimination, qui peut s’ajouter aux autres sanctions.

Dans le cas d’une rupture conventionnelle forcée, le juge peut requalifier la rupture en licenciement abusif, entraînant une indemnisation supplémentaire pour le salarié.

Pour éviter tout litige, l’employeur doit s’assurer que :

  • Le motif du licenciement est valable et étranger à l’état de santé du salarié.
  • Toutes les formalités légales sont respectées (entretien préalable, notification écrite…).
  • Une rupture conventionnelle est librement consentie et ne cache pas un licenciement déguisé.

En cas de doute, il est fortement recommandé à l’employeur de se faire accompagner par un avocat spécialisé en droit du travail afin d’éviter toute contestation prud’homale.

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