Immobilier

Loyers impayés : Comprendre le rôle préventif de la CCAPEX en France

Estelle Marant
Collaboratrice
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Loi ALUR et loyers impayés : La CCAPEX peut-elle stopper une expulsion ?

Chaque année en France, des milliers de locataires sont confrontés à une procédure d’expulsion pour loyers impayés, une situation souvent complexe, tant pour les propriétaires-bailleurs que pour les occupants en difficulté financière.

Face à ce phénomène, le législateur a instauré un dispositif préventif désormais incontournable : la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions Locatives (CCAPEX). Renforcée par la loi ALUR du 24 mars 2014, cette commission départementale agit en amont des procédures judiciaires d’expulsion afin de favoriser des solutions amiables et ainsi préserver le droit au logement.

Quels sont exactement les pouvoirs de cette commission ? Dans quelles conditions sa saisine devient-elle obligatoire ? Et surtout, quels impacts réels pour les locataires et les propriétaires ? Cet article fait le point complet sur la portée juridique, les obligations procédurales et le rôle précis de la CCAPEX dans le cadre des expulsions locatives.

Sommaire :

  1. Cadre juridique de la CCAPEX
  2. Obligation de saisine de la CCAPEX
  3. Composition de la CCAPEX
  4. Pouvoirs concrets de la CCAPEX
  5. Éléments examinés par la CCAPEX
  6. Suite donnée après la saisine
  7. Conclusion

Quel est le cadre juridique de la CCAPEX ?

La CCAPEX est une commission administrative instaurée initialement par la Loi n°90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement. Elle a ensuite acquis un caractère obligatoire avec la Loi n°2009-323 du 25 mars 2009, dite de Mobilisation pour le Logement et la Lutte contre l'Expulsion. Mais c'est véritablement la Loi ALUR du 24 mars 2014 qui a précisé et renforcé ses missions, notamment en son article 27.

Selon l'article 27 de la Loi ALUR :

« La CCAPEX a pour mission de coordonner, évaluer et orienter le dispositif de prévention des expulsions locatives, et de délivrer des avis et recommandations à toute personne ou organisme susceptible de participer à la prévention des expulsions, ainsi qu'aux bailleurs et aux locataires concernés. »

Cette commission agit selon des modalités définies par le Décret n°2015-1384 du 30 octobre 2015, qui a remplacé le précédent décret de 2008.

Quand la saisine de la CCAPEX est-elle obligatoire ?

Le caractère obligatoire de la saisine dépend principalement de la qualité du bailleur :

  • Bailleur personne physique : La CCAPEX doit être informée systématiquement par l'huissier de justice au moment où ce dernier délivre un commandement de payer au locataire pour des loyers impayés. Cette obligation est établie à l'article 24 de la Loi n°89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs.
  • Bailleur personne morale : Le bailleur doit impérativement saisir la CCAPEX dans un délai maximal de 2 mois avant toute assignation aux fins de résiliation du bail devant le tribunal judiciaire (TJ). Cette obligation est également précisée par l'article 24 de la Loi du 6 juillet 1989.

En cas d'assignation en justice pour constater la résiliation du bail, un diagnostic social et financier est réalisé par les services sociaux compétents (CAF, Fonds de Solidarité pour le Logement - FSL ou autres organismes sociaux). Ce diagnostic doit être transmis obligatoirement à la CCAPEX avant l'audience judiciaire.

Composition de la CCAPEX : qui décide en cas de loyers impayés ?

La composition de la commission est réglementée précisément par l'article 3 du Décret n°2015-1384 précité. Elle comprend notamment :

  • Le Préfet du département (ou son représentant), qui préside la commission ;
  • Le Président du Conseil départemental (ou son représentant) ;
  • Un représentant des organismes payeurs d'aides au logement (CAF notamment) ;
  • Le Maire de la commune concernée par l'expulsion ou son représentant ;
  • Un représentant de l'Établissement Public de Coopération Intercommunale (EPCI).

La commission peut également s'élargir à la demande des parties prenantes (associations de locataires, bailleurs privés ou sociaux, associations d'accompagnement social).

Quels sont les pouvoirs concrets de la CCAPEX ?

La CCAPEX dispose principalement de deux outils juridiques : les avis et les recommandations.

  • Les avis concernent essentiellement :
    • Le maintien ou la suspension des aides au logement (APL, ALF, ALS) versées au locataire par la CAF ou la MSA.
    • L'attribution d'aides financières ou d'accompagnement par le Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL).
    • L'exercice par le Préfet de son droit de réservation de logements sociaux au bénéfice des locataires menacés.
  • Les recommandations, quant à elles, visent à inciter le bailleur à envisager un relogement du locataire en difficulté dans des conditions plus adaptées ou à accepter une solution amiable permettant d'éviter l'expulsion.

Toutefois, il convient de préciser que ces avis et recommandations de la CCAPEX n'ont pas de caractère juridiquement contraignant.

Ils n'obligent donc pas le bailleur à agir dans le sens souhaité par la commission, mais ils pèsent souvent favorablement dans les décisions judiciaires futures, le juge étant généralement sensible à la volonté de conciliation et aux démarches entreprises pour éviter une expulsion locative.

Sur quels éléments s'appuie la CCAPEX pour se prononcer ?

Lorsqu'elle examine un dossier, la CCAPEX se fonde principalement sur des éléments tels que :

  • La composition du foyer locataire ;
  • Les caractéristiques du logement occupé (surface, état, salubrité) ;
  • La situation du ménage vis-à-vis du logement (logement privé, logement social, situation précaire, menace imminente d'expulsion, etc.) ;
  • La situation financière du locataire, notamment la dette locative accumulée ;
  • Les raisons à l'origine de l'impayé (perte d'emploi, surendettement, maladie, etc.) ;
  • Les mesures sociales déjà entreprises pour accompagner le locataire (intervention des services sociaux départementaux, assistances médico-sociales, etc.).

Ces éléments sont essentiels afin d'offrir à la commission une vision claire et exhaustive permettant une prise de décision équilibrée, orientée vers la conciliation et la prévention effective de l'expulsion.

Que se passe-t-il après la saisine de la CCAPEX ?

Dès la réception des éléments du dossier, la commission va proposer une approche adaptée à chaque cas. L'objectif premier est toujours d'éviter une expulsion judiciaire, en favorisant autant que possible des solutions amiables entre bailleur et locataire.

Le bailleur est ainsi invité à tenir compte des recommandations de la CCAPEX avant de poursuivre en justice la procédure d'expulsion. Le juge examinera d'ailleurs la bonne foi des parties et prendra en compte les démarches préventives réalisées sous l'égide de la CCAPEX pour évaluer la légitimité de la demande d'expulsion.

À noter que, même si la commission ne possède pas de pouvoir coercitif direct, l'absence d'information ou de saisine préalable de la CCAPEX constitue un manquement procédural qui peut être relevé par le juge, susceptible d'affaiblir considérablement la position du bailleur dans le cadre d'une procédure judiciaire d'expulsion.

Conclusion

La CCAPEX représente aujourd’hui une étape indispensable et juridiquement encadrée dans la procédure d’expulsion locative pour loyers impayés. En obligeant bailleurs et locataires à passer par cette commission avant toute action judiciaire, le législateur a voulu favoriser les solutions préventives et réduire les expulsions effectives.

Si ses avis et recommandations n’ont pas force obligatoire directe, leur prise en compte par les tribunaux judiciaires constitue néanmoins un élément déterminant. En pratique, le non-respect des obligations de saisine de la CCAPEX peut entraîner des conséquences procédurales préjudiciables pour le bailleur.

Dans ce contexte, il est vivement recommandé aux parties de respecter scrupuleusement les démarches imposées par la loi, en vue d’éviter tout risque de nullité ou d’irrecevabilité devant le juge.

FAQ

1. Qu’est-ce que la CCAPEX et quel est son rôle exact dans la prévention des expulsions locatives ?
La Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions Locatives (CCAPEX) est une structure départementale obligatoire mise en place pour prévenir et limiter les expulsions dues aux loyers impayés. Son rôle principal consiste à analyser chaque situation individuellement, à proposer des mesures amiables de conciliation, et à formuler des avis et recommandations pour éviter le recours à l’expulsion judiciaire. Elle agit en coordination étroite avec les organismes sociaux tels que la CAF ou le Fonds de Solidarité Logement (FSL), afin de trouver des solutions financières ou de relogement adaptées.

2. La saisine de la CCAPEX est-elle obligatoire dans tous les cas d’expulsion pour loyers impayés ?
Oui, depuis l’entrée en vigueur de la Loi ALUR du 24 mars 2014, la saisine préalable de la CCAPEX est devenue systématiquement obligatoire en cas de loyers impayés menant à une éventuelle expulsion. Pour les bailleurs particuliers (personnes physiques), c’est l’huissier de justice qui informe obligatoirement la CCAPEX dès la délivrance du commandement de payer au locataire. Pour les bailleurs institutionnels (personnes morales), il existe une obligation stricte de saisir cette commission au moins deux mois avant toute assignation en justice pour résilier le bail.

3. Quels sont les pouvoirs et les limites juridiques des avis et recommandations émis par la CCAPEX ?
La CCAPEX n’a pas de pouvoir contraignant direct, c’est-à-dire que ses avis et recommandations ne s’imposent pas automatiquement aux bailleurs ni aux locataires. Cependant, ces avis sont des éléments clés pris en compte par le juge lors d’une procédure judiciaire. La commission peut recommander des aides financières comme celles du FSL, le maintien ou la suspension des aides au logement versées par la CAF, ou proposer des démarches de relogement. Bien que ses recommandations ne soient pas juridiquement obligatoires, les ignorer ou ne pas en tenir compte peut affaiblir la position procédurale d’un bailleur devant les tribunaux.

4. Quelles conséquences pour le propriétaire-bailleur s’il ne respecte pas l’obligation de saisine de la CCAPEX ?
Le non-respect de l’obligation légale de saisir la CCAPEX avant toute procédure judiciaire d’expulsion expose le bailleur à un risque procédural majeur. En effet, si le tribunal constate que le propriétaire n’a pas informé ou saisi la CCAPEX préalablement, il peut prononcer des sanctions telles qu’un report d’audience, voire une irrecevabilité de la demande d’expulsion. Cette irrégularité procédurale est susceptible de retarder significativement la récupération du logement et donc de causer un préjudice notable au bailleur.

5. Quels sont les critères précis que la CCAPEX examine avant de rendre ses avis et recommandations ?
La CCAPEX prend en compte plusieurs critères essentiels et détaillés pour chaque dossier, notamment :

  • La composition précise du ménage (nombre d’occupants, présence d’enfants mineurs, personnes âgées ou en situation de handicap, etc.) ;
  • La situation financière exacte du foyer, incluant le montant précis de la dette locative accumulée ;
  • La cause précise des loyers impayés (perte d’emploi, surendettement, accident de la vie, etc.) ;
  • La nature et les caractéristiques du logement concerné (logement social ou privé, surface, état général, conformité sanitaire, etc.) ;
  • Les démarches sociales déjà entreprises, comme les aides financières ou les accompagnements médico-sociaux ;
  • La volonté manifeste du locataire de régulariser sa situation ou, à l’inverse, son refus éventuel de toute conciliation ;
  • Les possibilités réalistes de relogement adaptées à la situation personnelle du locataire en difficulté.

Ces éléments détaillés permettent à la commission de proposer des solutions concrètes et personnalisées afin de prévenir efficacement les expulsions.

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