Travail

Omission d’attestation France Travail : amendes et recours possibles

Francois Hagege
Fondateur
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Employeurs : vos obligations à la rupture du contrat face à France Travail

Lorsqu’un contrat de travail prend fin, l’employeur doit obligatoirement remettre au salarié plusieurs documents indispensables, parmi lesquels figure l’attestation France Travail, anciennement appelée attestation Pôle emploi. Ce document permet au salarié de faire valoir ses droits à l’allocation chômage.

Pourtant, il arrive fréquemment que certains employeurs tardent à remettre ce document ou omettent purement et simplement de l’établir. Une telle pratique expose l’employeur à divers risques juridiques et financiers prévus expressément par le Code du travail.

Alors, quels sont précisément les délais légaux de remise de cette attestation ? Quels recours sont offerts au salarié, et quelles sanctions peut encourir l’employeur récalcitrant ? Faisons le point sur les règles à respecter impérativement en la matière.

Sommaire

  1. Quel délai pour remettre les documents de fin de contrat
  2. Remise à France Travail : une double obligation
  3. L’attestation France Travail est « quérable » : ce que cela implique
  4. Non-remise de l’attestation : recours du salarié et risques juridiques
  5. Sanctions financières encourues par l’employeur
  6. FAQ

Quel délai pour remettre les documents de fin de contrat ?

Conformément à l’article R. 1234-9 du Code du travail, l’employeur doit remettre sans délai au salarié les documents afférents à la fin du contrat de travail, notamment l’attestation France Travail. Cette obligation s’applique quelle que soit la cause de rupture :

  • un licenciement (pour motif personnel ou économique),
  • une démission,
  • une fin de CDD (à terme ou anticipée),
  • ou une rupture conventionnelle.

Cette obligation concerne tout type de contrat (CDI ou CDD) et doit être respectée immédiatement à compter de la date effective de rupture du contrat.

Le non-respect de cette exigence constitue un manquement aux obligations légales de l’employeur susceptible d’engager sa responsabilité.

Remise à France Travail : une double obligation

La remise de l’attestation France Travail ne se limite pas à une simple formalité entre l’employeur et le salarié. Elle implique une double obligation légale : l’attestation doit être transmise à la fois au salarié et à l’administration publique. Cette exigence repose sur l’arrêté du 25 novembre 2015 relatif à la transmission des données aux services publics de l’emploi.

Concrètement :

  • Les employeurs de 11 salariés et plus doivent effectuer la transmission de manière dématérialisée, soit par l’intermédiaire :
    • D’un logiciel de paie agréé connecté aux services de France Travail,
    • Soit via leur « Espace employeur » sécurisé en ligne, accessible depuis le site defendstesdroits.fr.
  • Les employeurs de moins de 11 salariés disposent de deux possibilités :
    • Utiliser également l’Espace employeur en ligne,
    • Ou bien transmettre l’attestation sous format papier, en utilisant le modèle officiel fourni par France Travail (formulaire Cerfa). Ils peuvent en faire la demande ou poser leurs questions au numéro 3995.

Cette double transmission est essentielle pour permettre une prise en charge rapide par France Travail et garantir que le salarié puisse ouvrir ses droits à l’allocation chômage sans délai. En effet, si l’administration ne reçoit pas l’attestation dans les temps, elle ne peut pas calculer le montant des droits du salarié ni déclencher les paiements. Le salarié risque alors un blocage administratif, qui peut avoir des conséquences financières et sociales importantes.

L’attestation France Travail est « quérable » : ce que cela implique

Selon une jurisprudence constante de la Cour de cassation (Cass. soc., 19 février 2014, n° 12-20.591), l’attestation France Travail est considérée comme un document quérable. Autrement dit, l’employeur n’a pas l’obligation légale d’expédier l’attestation directement au domicile du salarié.

Il doit en revanche informer clairement le salarié de la mise à disposition immédiate du document au lieu habituel de travail ou au siège de l’entreprise.

Conseil pratique :
Si vous choisissez tout de même d’envoyer l’attestation par voie postale, il est vivement recommandé d’utiliser une lettre recommandée avec accusé de réception pour disposer d’une preuve en cas de litige futur.

Le défaut de remise de l’attestation peut entraîner des retards préjudiciables au salarié dans le versement de ses allocations chômage, constituant ainsi un préjudice potentiellement réparable.

Non-remise de l’attestation : recours du salarié et risques juridiques

Lorsqu’un employeur omet de remettre l’attestation France Travail à la fin du contrat, il commet un manquement à ses obligations légales, ouvrant la voie à plusieurs recours juridiques pour le salarié.

En cas de refus ou de retard, le salarié peut :

  • Saisir le Conseil de prud’hommes (CPH) en référé, une procédure rapide et d’urgence, afin que le juge ordonne la délivrance immédiate de l’attestation. Cette décision peut être assortie d’une astreinte financière journalière, c’est-à-dire une somme que l’employeur devra payer pour chaque jour de retard jusqu’à l’exécution de la décision (Cass. soc., 6 mai 2002, n° 00-41.237).

    Cette astreinte constitue une pression financière directe sur l’employeur pour l’inciter à respecter rapidement ses obligations.
  • Engager une action au fond, c’est-à-dire une procédure plus longue, destinée à obtenir des dommages et intérêts en réparation d’un préjudice subi. Cela concerne par exemple un retard dans le versement des allocations chômage, un refus d’indemnisation ou une période de précarité injustifiée. La jurisprudence reconnaît ce droit à réparation si le lien entre l’absence d’attestation et le préjudice est établi (Cass. soc., 25 septembre 2013, n° 12-17.291).

Cependant, il est essentiel de noter que le préjudice n’est pas présumé :
Conformément à une jurisprudence constante de la Cour de cassation (Cass. soc., 13 avril 2016, n° 14-28.293), le salarié doit prouver de manière concrète que la non-remise ou le retard de l’attestation lui a causé un tort réel.
Exemples de preuves acceptées :

  • Refus de dossier par France Travail,
  • Délai dans le versement de l’allocation,
  • Diminution des ressources pendant une période précise.

Sanctions financières encourues par l’employeur

L’article R. 1238-7 du Code du travail prévoit expressément que l’employeur s’expose à une amende pénale de 5ᵉ classe en cas de non-délivrance de l’attestation France Travail au moment de la rupture du contrat. Cette obligation, bien que souvent négligée, est fermement encadrée par la loi, car elle conditionne l’accès aux droits au chômage du salarié.

Le montant de l’amende varie selon la nature de l’employeur :

  • 1 500 euros maximum pour les personnes physiques (travailleurs indépendants, dirigeants individuels, etc.)
  • 7 500 euros maximum pour les personnes morales (sociétés, associations, établissements publics, etc.)

Il s’agit ici de sanctions pénales, qui peuvent être prononcées par les juridictions compétentes en plus des poursuites civiles engagées par le salarié. En effet, ces amendes peuvent venir s’ajouter à des condamnations prononcées par le Conseil de prud’hommes, telles que :

  • Le paiement de dommages et intérêts si le salarié prouve avoir subi un préjudice réel, par exemple un retard dans le versement des allocations chômage ;
  • L’exécution forcée sous astreinte financière journalière, si l’attestation n’est toujours pas délivrée malgré la décision du juge.

En pratique, ces sanctions peuvent avoir un impact significatif sur la trésorerie d’une TPE, PME ou même d’un autoentrepreneur. Au-delà de l’aspect pécuniaire, le risque réputationnel ne doit pas être sous-estimé : un litige avec un ancien salarié peut affecter la crédibilité de l’employeur, notamment en cas de contentieux médiatisé ou de mauvaise publicité sur les réseaux professionnels.

Conclusion

Le respect des délais et des modalités de remise de l’attestation France Travail constitue donc une obligation légale stricte pour les employeurs. Ignorer ou tarder à accomplir cette formalité peut exposer l’entreprise à des conséquences importantes : des procédures judiciaires devant le Conseil de prud’hommes, des condamnations à des dommages et intérêts, et même des sanctions pénales pouvant atteindre 7 500 euros d’amende.

Il est ainsi vivement recommandé aux employeurs de remettre systématiquement et sans délai ce document au salarié dès la rupture effective du contrat, afin d’éviter toute contestation et de garantir les droits fondamentaux des salariés concernés.

FAQ

1. Quel est le délai légal pour remettre l’attestation France Travail au salarié en fin de contrat ?
L’employeur est tenu de remettre sans délai l’attestation France Travail (anciennement attestation Pôle emploi) au salarié dès la fin effective du contrat de travail, quelle que soit la nature de la rupture (licenciement, démission, rupture conventionnelle, fin de CDD…). Cette obligation est imposée par l’article R. 1234-9 du Code du travail.
Il n’existe pas de délai de plusieurs jours : la remise doit être immédiate, le jour même de la rupture du contrat. En pratique, tout retard, même de quelques jours, peut retarder l’ouverture des droits au chômage pour le salarié et exposer l’employeur à des sanctions civiles ou pénales.
Le document fait partie des pièces obligatoires à fournir avec le certificat de travail et le reçu pour solde de tout compte.

2. À qui l’attestation France Travail doit-elle être transmise et comment ?
L’employeur doit respecter une double obligation :

  • Remettre l’attestation au salarié, pour qu’il puisse effectuer ses démarches personnelles,
  • Transmettre l’attestation à France Travail via des moyens dématérialisés ou papier selon la taille de l’entreprise.
    Depuis l’arrêté du 25 novembre 2015, les employeurs doivent déclarer la fin du contrat et les données liées à l’emploi via :
  • Un logiciel de paie agréé ou l’Espace Employeur pour les structures de 11 salariés et plus,
  • L’Espace Employeur en ligne ou une attestation papier (formulaire officiel Cerfa) pour les employeurs de moins de 11 salariés.
    Le non-respect de cette double transmission peut engendrer un blocage administratif pour le salarié, empêchant le versement des allocations chômage.

3. L’attestation France Travail doit-elle être envoyée automatiquement par courrier au salarié ?
Non. La jurisprudence de la Cour de cassation (Cass. soc., 19 février 2014, n° 12-20.591) qualifie l’attestation de document « quérable », ce qui signifie que l’employeur n’est pas tenu de l’envoyer de sa propre initiative.
En revanche, il a l’obligation de :

  • Mettre immédiatement le document à disposition du salarié,
  • L’informer clairement de cette mise à disposition (généralement au siège de l’entreprise ou sur le lieu de travail habituel).
    Pour se prémunir de tout contentieux, il est conseillé à l’employeur d’adresser l’attestation par lettre recommandée avec accusé de réception, surtout en cas de litige potentiel. Cette précaution constitue une preuve de diligence en cas de saisine du Conseil de prud’hommes.

4. Quels sont les recours du salarié si l’attestation ne lui est pas remise ?
Si l’employeur refuse ou tarde à remettre l’attestation France Travail, le salarié peut engager :

  • Une procédure en référé devant le Conseil de prud’hommes pour obtenir une ordonnance de remise sous astreinte (Cass. soc., 6 mai 2002, n° 00-41.237). Cela permet une décision rapide, en urgence.
  • Une procédure au fond pour réclamer des dommages et intérêts si un préjudice réel et démontrable est constaté, notamment un retard dans le versement des allocations chômage (Cass. soc., 25 septembre 2013, n° 12-17.291).
    À noter que selon la jurisprudence constante (Cass. soc., 13 avril 2016, n° 14-28.293), le préjudice n’est jamais automatique : le salarié doit fournir la preuve concrète des conséquences subies, comme l’impossibilité de percevoir une indemnité de chômage à temps.

5. Quelles sanctions encourt l’employeur en cas de non-remise ou de retard dans la remise de l’attestation France Travail ?
L’article R. 1238-7 du Code du travail prévoit une amende de 5ᵉ classe pour l’employeur en cas de manquement à l’obligation de délivrance de l’attestation.
Les sanctions sont les suivantes :

  • 1 500 euros maximum pour une personne physique (dirigeant, entrepreneur individuel),
  • 7 500 euros maximum pour une personne morale (société, association, etc.).
    Ces amendes pénales peuvent s’ajouter à :
  • Une astreinte financière journalière ordonnée par le juge en cas de décision prud’homale,
  • Une condamnation à des dommages et intérêts si le salarié prouve l’existence d’un préjudice.
    En résumé, le non-respect de cette obligation légale peut coûter très cher à l’employeur, tant sur le plan financier que sur le plan réputationnel, notamment dans les petites structures.

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