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Que faire en cas d’inaptitude au travail ? Solutions et aides financières

Jordan Alvarez
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Salarié déclaré inapte : quelles solutions pour toucher un revenu ?

Lorsqu’un salarié est déclaré inapte par le médecin du travail, il se retrouve dans une situation délicate, où la crainte d’une perte de revenus est légitime. Cette inaptitude, qu’elle soit d’origine professionnelle ou non, entraîne des obligations pour l’employeur et ouvre des droits à indemnisation pour le salarié.

Peut-on percevoir une indemnité temporaire en attendant un reclassement ou un licenciement ?

Quelles compensations financières sont prévues en cas de rupture du contrat de travail ? Le salarié inapte peut-il prétendre à des allocations chômage, une pension d’invalidité ou encore des aides spécifiques ? Cet article vous détaille les différentes solutions pour sécuriser vos revenus, en fonction de votre situation.

Sommaire

  1. Introduction
  2. L’indemnité temporaire d’inaptitude (ITI)
  3. Le maintien du salaire après un mois d’attente
  4. Indemnités en cas de licenciement pour inaptitude
  5. Dommages-intérêts en cas de licenciement abusif
  6. Allocations chômage après un licenciement pour inaptitude
  7. Pension d’invalidité et incapacité permanente
  8. Aides de l’Agefiph pour les travailleurs handicapés
  9. Formation et reconversion durant l’arrêt de travail
  10. Retraite pour inaptitude à taux plein
  11. Peut-on refuser un reclassement ?
  12. FAQ

L’indemnité temporaire d’inaptitude (ITI)

Si l’inaptitude résulte d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, le salarié peut bénéficier de l’indemnité temporaire d’inaptitude (ITI), versée par l’Assurance Maladie.

  • Cette indemnité équivalente aux indemnités journalières est attribuée sans délai de carence et débute dès le lendemain de l’avis d’inaptitude.
  • Elle est versée pendant un mois maximum, sauf si l’employeur n’a pas respecté son obligation de reclassement ou de licenciement dans ce délai.

Le maintien du salaire après un mois d’attente

Si, après un mois suivant la visite médicale, l’employeur n’a pas proposé de reclassement ni procédé au licenciement, il est tenu de reprendre le paiement du salaire du salarié inapte.

Point clé : L’employeur ne peut réduire le salaire sous prétexte que le salarié perçoit d’autres prestations (ex. prévoyance) (Cass. soc., 23 mai 2017, n° 15-29.093).

Indemnités en cas de licenciement pour inaptitude

Le licenciement pour inaptitude peut ouvrir droit à des indemnités, dont le montant varie selon l’origine de l’inaptitude :

Inaptitude d’origine non professionnelle

  1. Indemnité légale ou conventionnelle de licenciement.
  2. Pas d’indemnité compensatrice de préavis sauf si la convention collective le prévoit ou si l’employeur a failli à son obligation de reclassement (Cass. soc., 20 décembre 2017, n° 16-20.586).

Inaptitude d’origine professionnelle

  • Indemnité spéciale de licenciement équivalente au double de l’indemnité légale.
  • Indemnité compensatrice de préavis.
  • Possibilité d’une indemnisation supplémentaire si l’inaptitude résulte d’une faute inexcusable de l’employeur (Cass. soc., 9 novembre 2016, n° 15-17.555).

Dommages-intérêts en cas de licenciement abusif

Si le licenciement est contesté devant le Conseil de prud’hommes, le salarié peut obtenir des dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, encadrés par le barème Macron.

Allocations chômage après un licenciement pour inaptitude

Le salarié licencié pour inaptitude peut percevoir l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) sous certaines conditions :

  • Être inscrit comme demandeur d’emploi.
  • Justifier d’une durée minimale de travail.
  • Respecter les délais de carence applicables.

Pension d’invalidité et incapacité permanente

Un salarié inapte peut prétendre à une pension d’invalidité ou à une rente d’incapacité permanente, en fonction de l’origine de son inaptitude et de son taux d’incapacité.

La pension d’invalidité

Le salarié inapte peut bénéficier d’une pension d’invalidité si son incapacité de travail atteint au moins 66 % et s’il remplit les conditions d’assurance requises par la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM).

Conditions d’attribution :

  • L’incapacité doit réduire d’au moins deux tiers la capacité de travail ou de gain du salarié.
  • Le salarié doit être affilié à l’Assurance Maladie depuis au moins 12 mois avant la constatation de l’invalidité.
  • Il doit avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 2 030 fois le Smic horaire ou avoir travaillé au moins 600 heures au cours des 12 derniers mois.

Montant et catégories de la pension d’invalidité :
La pension d’invalidité est classée en trois catégories, selon le degré d’incapacité :

  • Catégorie 1 : l’assuré peut encore exercer une activité réduite.
  • Catégorie 2 : l’assuré ne peut plus travailler.
  • Catégorie 3 : l’assuré ne peut plus travailler et a besoin d’une aide pour effectuer les actes essentiels de la vie quotidienne.

Le montant de la pension dépend du revenu moyen des dix meilleures années de salaire et du taux d’invalidité défini par la CPAM.

La rente d’incapacité permanente

Si l’inaptitude résulte d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, le salarié peut prétendre à une rente d’incapacité permanente, dont le montant dépend du taux d’incapacité fixé par la CPAM.

Conditions d’attribution :

  • Le salarié doit avoir été victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle reconnue.
  • Son taux d’incapacité doit être évalué par un médecin-conseil de l’Assurance Maladie.

Montant et modalités :

  • Si le taux d’incapacité est inférieur à 10 %, l’indemnisation se fait sous la forme d’un capital unique.
  • Si le taux est supérieur à 10 %, le salarié perçoit une rente viagère, dont le montant est calculé en fonction du salaire de référence et du taux d’incapacité.
  • En cas de faute inexcusable de l’employeur, le salarié peut obtenir une majoration de rente et une indemnisation complémentaire couvrant le préjudice moral et économique.

Ces dispositifs permettent d’assurer une compensation financière aux salariés inaptes et de les aider à faire face à une perte de revenus liée à leur état de santé.

Aides de l’Agefiph pour les travailleurs handicapés

Les salariés inaptes qui obtiennent la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) peuvent bénéficier des aides de l’Agefiph, un organisme dédié à l’insertion et au maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap.

Conditions pour bénéficier des aides de l’Agefiph :

  • Avoir été reconnu comme travailleur handicapé par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH).
  • Être en activité ou en recherche d’emploi.
  • Avoir un besoin d’aménagement du poste de travail ou d’aide à la reconversion professionnelle.

Types d’aides disponibles :

  • Aide à l’adaptation du poste de travail : financement des équipements spécifiques, aménagements ergonomiques et logiciels adaptés.
  • Aide à la formation et à la reconversion : soutien financier pour suivre une formation qualifiante ou se réorienter vers un emploi adapté.
  • Aide à l’embauche : subvention versée aux employeurs recrutant un travailleur handicapé.
  • Soutien au maintien dans l’emploi : accompagnement par un référent handicap et financement de mesures d’aménagement en entreprise.

Les démarches pour obtenir une aide de l’Agefiph passent par un conseiller Cap Emploi ou un référent handicap en entreprise.

Grâce à ces dispositifs, un salarié inapte peut bénéficier d’un accompagnement adapté pour faciliter son retour à l’emploi ou sécuriser son maintien dans l’entreprise.

Formation et reconversion durant l’arrêt de travail

Un salarié inapte peut, sous certaines conditions, bénéficier d’une formation professionnelle pendant son arrêt de travail afin de favoriser sa reconversion et son maintien dans l’emploi.

Conditions d’accès à une formation durant un arrêt de travail :

  • L’accord du médecin traitant, qui doit estimer que la formation est compatible avec l’état de santé du salarié.
  • L’autorisation du service médical de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), qui vérifie si la formation est adaptée à la situation du salarié.
  • La préconisation du médecin du travail, notamment lors de la visite de préreprise, qui peut recommander une formation pour faciliter une réorientation professionnelle.

Types de formations accessibles :

  • Un bilan de compétences, permettant au salarié d’évaluer ses aptitudes et d’envisager une nouvelle carrière.
  • Une formation diplômante ou qualifiante, afin d’acquérir de nouvelles compétences pour accéder à un autre poste.
  • Une validation des acquis de l’expérience (VAE), pour obtenir une certification en lien avec l’expérience professionnelle antérieure.

Financement et accompagnement :
Les formations peuvent être financées par différents dispositifs, notamment :

  • Le compte personnel de formation (CPF), qui permet d’accéder à une formation financée grâce aux droits acquis par le salarié.
  • Les aides des organismes de prévoyance ou de l’Agefiph, si le salarié est reconnu comme travailleur handicapé.
  • L’assurance maladie, qui peut prendre en charge certaines formations pour éviter la désinsertion professionnelle.

L’objectif de ces dispositifs est d’accompagner le salarié vers un nouvel emploi ou un aménagement de poste en adéquation avec son état de santé.

Retraite pour inaptitude à taux plein

Un salarié reconnu inapte peut bénéficier d’une retraite à taux plein, dès 62 ans, même s’il ne dispose pas du nombre de trimestres requis.

Conditions pour obtenir la retraite pour inaptitude :

  • Le salarié doit être reconnu inapte au travail par un médecin-conseil de la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat).
  • Cette reconnaissance peut être automatique si le salarié percevait une pension d’invalidité avant l’âge de la retraite.
  • Dans les autres cas, un examen médical est nécessaire pour évaluer si l’état de santé justifie l’attribution de la retraite pour inaptitude.

Avantages de la retraite pour inaptitude :

  • L’assuré perçoit une pension complète, sans subir de décote, même s’il n’a pas validé tous les trimestres nécessaires.
  • Il peut cumuler cette pension avec d’autres allocations, comme une rente d’incapacité permanente si l’inaptitude résulte d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle.

À noter :
Un salarié reconnu invalide en catégorie 2 ou 3 par la Sécurité sociale bénéficie automatiquement de la retraite pour inaptitude. Pour les autres salariés inaptes, la demande doit être déposée auprès de la Carsat, accompagnée d’un certificat médical détaillé.

Peut-on refuser un reclassement ?

Lorsqu’un salarié est déclaré inapte, l’employeur a l’obligation de rechercher un reclassement sur un poste compatible avec son état de santé.

Un salarié peut-il refuser un poste de reclassement ?
Oui, un salarié peut refuser une proposition de reclassement si celle-ci :

  • Ne respecte pas les préconisations du médecin du travail (ex. tâches inadaptées, horaires incompatibles avec l’état de santé).
  • Implique une modification substantielle de son contrat de travail sans son accord (ex. baisse de rémunération, changement radical de missions).
  • Représente une rétrogradation ou une proposition de poste éloignée de ses qualifications.

Conséquences du refus du reclassement :

  • L’employeur peut procéder au licenciement pour inaptitude, en justifiant qu’aucun reclassement adapté n’a pu être trouvé.
  • Si l’employeur n’a pas respecté son obligation de reclassement ou a proposé un poste inadapté, le salarié peut contester son licenciement devant le Conseil de prud’hommes.
  • Un licenciement abusif peut donner droit à des dommages-intérêts, notamment si l’employeur n’a pas exploré toutes les solutions de reclassement (Cass. soc., 6 février 2019, n° 17-21.550).

À retenir :
Si l’employeur ne respecte pas son obligation de reclassement ou propose un poste non conforme, le licenciement peut être requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse, ouvrant droit à des indemnités prud’homales.

Conclusion

Face à une inaptitude au travail, plusieurs mécanismes permettent d’assurer un minimum de ressources au salarié concerné. Entre l’indemnité temporaire d’inaptitude, le maintien du salaire en l’absence de licenciement, les indemnités compensatoires, l’allocation chômage, la pension d’invalidité et les aides à la reconversion, il est essentiel de connaître ses droits pour éviter toute perte de revenus injustifiée.

L’employeur a des obligations strictes et son non-respect peut donner lieu à des recours prud’homaux. Pour faire valoir vos droits et obtenir une indemnisation adaptée à votre situation, il est recommandé de s’informer précisément et, si nécessaire, de se faire accompagner par un conseil juridique compétent.

FAQ

1. Quels revenus peut percevoir un salarié déclaré inapte au travail ?

Un salarié déclaré inapte par le médecin du travail peut bénéficier de plusieurs sources de revenus en fonction de sa situation. Si l’inaptitude est d’origine professionnelle (accident du travail ou maladie professionnelle), il peut percevoir une indemnité temporaire d’inaptitude (ITI) pendant un mois, versée par la Sécurité sociale. Si l’inaptitude est d’origine non professionnelle, il ne pourra pas prétendre à cette aide spécifique mais pourra, sous certaines conditions, bénéficier d’une pension d’invalidité ou d’une allocation d’incapacité permanente.

En cas de non-reclassement ou de non-licenciement dans un délai d’un mois après la visite médicale de reprise, l’employeur est tenu de reprendre le versement du salaire du salarié. Enfin, après un licenciement pour inaptitude, le salarié peut percevoir :

  • Une indemnité de licenciement (double en cas d’inaptitude professionnelle).
  • Une allocation chômage versée par France Travail (ex-Pôle emploi).
  • Une pension d’invalidité ou une rente d’incapacité permanente selon le taux d’incapacité et l’origine de l’inaptitude.

2. Comment fonctionne l’indemnité temporaire d’inaptitude (ITI) ?

L’indemnité temporaire d’inaptitude (ITI) est un dispositif spécifique réservé aux salariés dont l’inaptitude découle d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle. Elle est versée par la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) et permet au salarié de percevoir une indemnisation équivalente aux indemnités journalières, sans délai de carence, dès le lendemain de l’avis d’inaptitude.

Cette indemnité est accordée pour une durée maximale d’un mois, sous réserve que l’employeur n’ait pas encore reclassé ou licencié le salarié dans ce délai. Elle prend fin dès que le salarié est licencié ou reclassé. L’ITI vise à compenser la perte de revenus avant que la situation contractuelle du salarié ne soit définitivement réglée.

3. Peut-on toucher le chômage après un licenciement pour inaptitude ?

Oui, un salarié licencié pour inaptitude d’origine professionnelle ou non peut bénéficier de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), sous réserve de remplir les conditions d’éligibilité fixées par France Travail (ex-Pôle emploi). Pour cela, il doit :

  • Avoir travaillé suffisamment d’heures et cotisé à l’assurance chômage.
  • S’inscrire comme demandeur d’emploi dans les délais requis.
  • Être apte à exercer un autre emploi, malgré l’inaptitude à son ancien poste.

L’allocation chômage est versée dès le lendemain du licenciement, après application des différés d’indemnisation et des délais de carence prévus par l’assurance chômage. En revanche, si l’inaptitude empêche toute activité professionnelle, le salarié peut être orienté vers un dispositif de pension d’invalidité.

4. Quelle différence entre la pension d’invalidité et la rente d’incapacité permanente ?

La pension d’invalidité et la rente d’incapacité permanente sont deux dispositifs distincts, accordés en fonction de l’origine de l’inaptitude :

  • La pension d’invalidité est versée aux salariés ayant subi une réduction de leur capacité de travail d’au moins 66 % pour des raisons non professionnelles (maladie, accident de la vie courante). Son montant dépend du salaire moyen des dix meilleures années et du taux d’invalidité déterminé par la CPAM.
  • La rente d’incapacité permanente est accordée aux salariés ayant subi une maladie professionnelle ou un accident du travail, entraînant une incapacité permanente. Son montant dépend du salaire de référence et du taux d’incapacité évalué par un médecin-conseil de la CPAM.

En cas de faute inexcusable de l’employeur, la rente d’incapacité peut être majorée, et le salarié peut obtenir une indemnisation complémentaire.

5. Un salarié inapte peut-il refuser un reclassement proposé par l’employeur ?

Oui, un salarié déclaré inapte peut refuser un poste de reclassement proposé par son employeur, si celui-ci ne correspond pas aux préconisations du médecin du travail ou s’il entraîne une modification substantielle du contrat de travail (diminution de salaire, changement de fonction non adapté, rétrogradation).

Toutefois, si aucun reclassement adapté n’est possible ou si le salarié refuse une offre raisonnable, l’employeur peut procéder à un licenciement pour inaptitude, en justifiant de l’impossibilité de reclasser le salarié. En revanche, si l’employeur n’a pas rempli son obligation de recherche de reclassement, le licenciement peut être contesté devant le Conseil de prud’hommes et donner lieu à des dommages-intérêts pour licenciement abusif.

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