La clause résolutoire constitue un mécanisme essentiel en matière de gestion locative, permettant au bailleur de mettre fin automatiquement à un contrat de bail lorsque le locataire ne respecte pas ses engagements contractuels.
En effet, ce dispositif prévu par l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 offre au propriétaire une voie simplifiée et rapide, évitant ainsi une longue procédure judiciaire. Toutefois, pour être efficace, cette clause doit être rédigée avec une extrême rigueur et sa mise en œuvre doit suivre des étapes juridiques bien définies.
À travers cet article, découvrez en détail la définition précise, les conditions de validité, les motifs pouvant entraîner sa mise en application, ainsi que la procédure complète à respecter pour exercer pleinement vos droits de propriétaire.
La clause résolutoire est une disposition contractuelle insérée dans un bail d’habitation qui prévoit la résiliation automatique du contrat lorsque le locataire manque à certaines obligations essentielles.
Régie par l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, elle permet au bailleur de bénéficier d’une procédure simplifiée, sans avoir à débattre de la gravité du manquement devant un juge.
Selon l’article 1225 du Code civil, la clause résolutoire doit clairement identifier les obligations dont l’inexécution entraîne automatiquement la résiliation du bail. À défaut d'une telle mention, la résiliation ne peut intervenir que sur décision judiciaire après évaluation de la gravité des faits.
Le propriétaire peut mettre en œuvre cette clause dans quatre cas précis encadrés par la loi :
C’est le cas le plus fréquent. Le retard ou l’absence de paiement des loyers et charges constitue un manquement autorisant le bailleur à demander la résiliation automatique du contrat. Le bailleur devra toutefois respecter une procédure rigoureuse (mise en demeure, commandement de payer par voie d’huissier) conformément à l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989.
La souscription d'une assurance habitation couvrant les risques locatifs est une obligation légale pour le locataire. En cas de défaut, le bailleur peut déclencher la clause résolutoire après mise en demeure restée infructueuse.
Selon l’article 7 b) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire doit respecter l’usage paisible des lieux loués. Les nuisances répétées, confirmées par témoignages ou constat d’huissier, justifient l’application de la clause résolutoire après une mise en demeure préalable.
Le dépôt de garantie sécurise financièrement le propriétaire contre d’éventuelles dégradations. Si le locataire ne verse pas ce dépôt conformément au bail signé, le propriétaire peut recourir à la clause résolutoire.
Pour être juridiquement valable, cette clause doit répondre à certaines conditions strictes définies par la jurisprudence et le Code civil (article 1225) :
Pour que la clause résolutoire produise pleinement ses effets, le bailleur doit suivre rigoureusement les étapes suivantes :
Le propriétaire doit adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, sommant le locataire de remplir ses obligations (paiement des loyers, souscription d’une assurance, etc.). Cette mise en demeure doit mentionner précisément le manquement reproché, conformément à l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989.
Si le locataire reste silencieux ou refuse d’obtempérer sous huit jours, le bailleur doit mandater un huissier de justice pour lui délivrer un commandement de payer (loyers impayés) ou un commandement de fournir l’attestation d’assurance (défaut d’assurance). Ce document juridique ouvre un délai spécifique (deux mois pour régler les dettes locatives, un mois pour fournir une attestation d'assurance).
À l’expiration du délai indiqué dans le commandement, en cas d’absence de régularisation, le bailleur saisit le Tribunal judiciaire, éventuellement en référé pour une procédure accélérée. Le juge constatera alors l’acquisition de la clause résolutoire sans débattre de la gravité du manquement.
Le Juge des contentieux de la protection (JCP) constate simplement la réalisation des conditions prévues par la clause résolutoire, et ordonne la résiliation automatique du contrat. Cependant, selon les circonstances, il peut accorder au locataire un délai de paiement additionnel (jusqu’à trois ans selon les articles 1244-1 et 1244-2 du Code civil).
Une fois la décision judiciaire prononcée, le bailleur s’adresse à un huissier pour procéder à l’expulsion effective du locataire. Celle-ci ne peut cependant avoir lieu durant la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars) conformément à l’article L412-6 du Code des procédures civiles d’exécution.
En l’absence de clause résolutoire explicitement mentionnée dans le contrat de bail, le bailleur se trouve privé de la possibilité d'une résiliation automatique du bail. Il doit alors recourir à la procédure judiciaire classique, conformément à l’article 1224 du Code civil, ce qui implique de saisir le Tribunal judiciaire afin d'obtenir une décision de résiliation.
Dans ce cadre contentieux, le propriétaire a la charge de prouver devant le juge que le manquement du locataire à ses obligations contractuelles présente une gravité suffisante pour justifier la résiliation du bail.
À titre d'exemple, il devra produire des preuves solides telles que des courriers de relance restés sans réponse, des constats d’huissier relatifs aux troubles de voisinage ou encore des relevés détaillés attestant des loyers impayés.
Le magistrat procédera alors à une analyse approfondie des éléments du dossier avant de décider si le comportement du locataire est effectivement suffisamment grave pour entraîner la rupture du contrat.
Cette appréciation judiciaire est particulièrement délicate : le juge dispose d'une large marge d'appréciation, évaluant au cas par cas la nature des manquements invoqués, leur répétition et leur impact réel sur le bailleur.
À l'inverse de la clause résolutoire, aucune automaticité ne s'applique, et une simple accumulation d'impayés ou un manquement ponctuel peuvent ne pas être jugés suffisamment graves pour prononcer la résiliation.
Par conséquent, l’absence de clause résolutoire entraîne une procédure plus longue, complexe et incertaine. Le propriétaire devra s’armer de patience et anticiper des coûts judiciaires plus élevés (frais d’huissier, honoraires d’avocat éventuels, frais de procédure), tout en acceptant une période prolongée durant laquelle les impayés risquent de continuer à s'accumuler. Cette situation souligne l'intérêt majeur, pour tout bailleur, d'insérer systématiquement une clause résolutoire claire et complète dans le bail initial.
La clause résolutoire, lorsqu'elle est bien rédigée et correctement mise en œuvre, représente une véritable sécurité juridique pour les propriétaires confrontés à des locataires défaillants.
Elle simplifie considérablement la résiliation du contrat de location en cas d’impayés ou de manquements graves, tout en permettant une procédure accélérée d’expulsion.
En l'absence de cette clause, la résiliation du bail demeure possible, mais implique alors une procédure judiciaire plus complexe et incertaine. Il est donc vivement recommandé aux bailleurs de porter une attention particulière à la rédaction du bail, en y intégrant systématiquement une clause résolutoire conforme aux exigences légales et jurisprudentielles en vigueur.
1. Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un contrat de bail, et à quoi sert-elle exactement ?
La clause résolutoire est une disposition contractuelle intégrée dans le contrat de location qui permet au propriétaire de résilier automatiquement le bail dès lors que le locataire ne respecte pas ses obligations essentielles. Cette clause, encadrée juridiquement par l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 et par l’article 1225 du Code civil, vise à protéger efficacement les bailleurs contre certains manquements spécifiques : impayés de loyers ou de charges, défaut d’assurance habitation, troubles de voisinage et absence de versement du dépôt de garantie. Son principal avantage est d’éviter une procédure judiciaire longue et complexe en permettant une résiliation simplifiée et accélérée du contrat.
2. Quelles sont précisément les étapes à suivre pour appliquer une clause résolutoire en cas de loyers impayés ?
L’application effective d’une clause résolutoire exige le strict respect d’une procédure en plusieurs étapes, imposée par la loi :
3. Quels sont les risques concrets encourus par le bailleur si le bail ne prévoit pas de clause résolutoire ?
Sans clause résolutoire, la procédure de résiliation du bail devient nettement plus lourde, coûteuse et incertaine. Le propriétaire doit nécessairement engager une procédure judiciaire classique devant le Tribunal judiciaire, conformément à l’article 1224 du Code civil. Il devra alors apporter des preuves solides (relevés bancaires, mises en demeure répétées, constats d’huissier, témoignages) démontrant la gravité des manquements du locataire. Le juge appréciera librement si ces éléments justifient une résiliation du bail. Cette procédure contentieuse entraîne souvent des délais rallongés, des frais judiciaires importants (honoraires d’avocat, frais d’huissier), et un risque accru que les impayés se cumulent durant la durée du procès.
4. Quels délais légaux le locataire possède-t-il pour régulariser sa situation avant que la clause résolutoire soit définitivement activée ?
Le locataire bénéficie, une fois le commandement de payer signifié par huissier, d’un délai précis fixé par la loi pour régulariser sa situation :
Passés ces délais sans régularisation, la clause résolutoire prend pleinement effet et le propriétaire peut saisir le juge afin d’obtenir la résiliation effective et ordonner l'expulsion du locataire.
5. À quel moment de l’année une expulsion est-elle légalement possible après activation de la clause résolutoire ?
Même après activation définitive de la clause résolutoire par décision judiciaire, l’expulsion du locataire ne peut pas intervenir à tout moment. En effet, elle est strictement encadrée par le principe de la trêve hivernale, prévue par l’article L412-6 du Code des procédures civiles d’exécution. Concrètement, les expulsions locatives sont suspendues entre le 1er novembre et le 31 mars chaque année, indépendamment de la gravité de la situation. Durant cette période, même avec un jugement favorable, le bailleur ne pourra pas procéder à l’expulsion physique du locataire. L’exécution effective devra attendre la fin de la trêve hivernale, donc à partir du 1er avril suivant. Toutefois, la procédure judiciaire elle-même peut se poursuivre durant cette période, seule l'expulsion physique est suspendue.