Travail

Salariés et participation aux résultats : droits, calcul et versement

Estelle Marant
Collaboratrice
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Prime de participation en entreprise : mode d’emploi et obligations

La participation aux résultats de l'entreprise est un dispositif visant à associer les salariés à la réussite financière de leur employeur. En garantissant une redistribution d'une partie des bénéfices, elle constitue un outil de motivation et de fidélisation du personnel tout en bénéficiant d’un cadre fiscal et social avantageux.

Si elle est obligatoire pour les entreprises d’au moins 50 salariés, elle peut également être mise en place volontairement dans les plus petites structures. En 2025, une nouvelle expérimentation impose aux entreprises de 11 à 49 salariés d’adopter un mécanisme de partage de la valeur.

Dès lors, quelles sont les obligations des employeurs et les droits des salariés ? Comment se calcule et se verse la prime de participation ? Quels sont les avantages fiscaux et sociaux attachés à ce dispositif ?

Sommaire

  1. Introduction
  2. Participation des salariés aux résultats : principes et définition
  3. Accord de participation : obligations et mise en place
  4. Prime de participation : calcul, répartition et versement
  5. Avantages fiscaux et sociaux
  6. FAQ

Participation des salariés aux résultats de l'entreprise : principes et définition

Une distinction entre participation et intéressement

La participation est un dispositif légal garantissant aux salariés un droit à une part des bénéfices réalisés par l’entreprise. Il s’agit d’une rémunération différée, versée après une période d’indisponibilité.

L'intéressement, en revanche, repose sur un accord collectif facultatif visant à associer financièrement les salariés aux performances de l’entreprise. Il présente un caractère aléatoire et dépend des résultats ou des objectifs définis.

Accord de participation : obligations et mise en place

Une obligation pour les entreprises d'au moins 50 salariés

Les entreprises privées employant 50 salariés ou plus sont tenues de mettre en place un accord de participation dès lors qu'elles réalisent un bénéfice suffisant. Cet effectif doit être atteint pendant 5 années consécutives.

Expérimentation pour les entreprises de 11 à 49 salariés

Depuis le 1er janvier 2025, et jusqu’au 29 novembre 2028, les entreprises de 11 à 49 salariés sont tenues de mettre en place un dispositif de partage de la valeur lorsqu’elles réalisent un bénéfice net fiscal d’au moins 1 % du chiffre d’affaires pendant trois ans consécutifs (loi n°2023-1104 du 29 novembre 2023).

Elles peuvent choisir entre :

  • un accord de participation ;
  • un accord d’intéressement ;
  • un abondement d’un plan d’épargne salariale ;
  • une prime de partage de la valeur (PPV, ex-prime Macron).

Si l’entreprise est déjà couverte par un dispositif d’intéressement ou de participation, elle n'est pas concernée par cette obligation.

Mise en place volontaire par l’employeur

Les entreprises non soumises à l'obligation de participation peuvent choisir d’instaurer ce dispositif de manière volontaire. Cette mise en place peut être réalisée par accord collectif ou par décision unilatérale de l'employeur.

Prime de participation : calcul, répartition et versement

La réserve spéciale de participation (RSP)

La prime de participation est calculée en fonction de la réserve spéciale de participation (RSP), qui repose sur la formule légale suivante :

RSP = 1/2 × (Bénéfice net - 5 % des capitaux propres) × (Masse salariale / Valeur ajoutée)

Les entreprises peuvent adopter une formule dérogatoire, à condition que les salariés bénéficient d’un avantage au moins équivalent.

Versement de la prime

Le salarié peut choisir entre :

  • un versement immédiat ;
  • un blocage pendant 5 ans sur un plan d’épargne salariale.

Des cas de déblocage anticipé existent (mariage, acquisition d’un logement, rupture du contrat de travail, etc.), à condition de faire une demande dans les 6 mois suivant l’événement.

Supplément de participation

En cas de résultats exceptionnels, l’employeur peut décider d’accorder un supplément de participation.

Jurisprudence récente

Dans un arrêt du 9 septembre 2023, la Cour de cassation a confirmé que le mi-temps thérapeutique ne pouvait pas justifier une réduction de la prime de participation, afin de prévenir toute discrimination fondée sur l’état de santé (Cass. soc., 9 sept. 2023, n°21-23.456).

Avantages fiscaux et sociaux

Exonérations pour l’entreprise

Les sommes affectées à la participation bénéficient d’un régime favorable :

  • exonération de cotisations sociales (article L242-1 du Code de la sécurité sociale) ;
  • déductibilité fiscale de l’impôt sur les sociétés.

Toutefois, l’exonération des charges sociales est conditionnée au dépôt de l’accord de participation.

Avantages pour le salarié

Les primes versées sont :

  • exonérées d’impôt sur le revenu si elles sont placées sur un plan d’épargne salariale (article 81 du CGI) ;
  • non prises en compte pour le calcul des indemnités de congés payés et des primes.

En cas de déblocage anticipé, ces sommes deviennent imposables.

Conclusion

La participation aux résultats de l'entreprise est un levier puissant d'implication des salariés dans la réussite économique de leur employeur. Elle constitue une obligation légale pour les entreprises de 50 salariés et plus, et une possibilité intéressante pour celles de plus petite taille souhaitant améliorer leur politique de rémunération.

Avec l’expérimentation de 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés sont désormais concernées par un mécanisme de partage des bénéfices.

En offrant des avantages fiscaux et sociaux tant pour l'employeur que pour les salariés, la participation s'inscrit dans une logique d'incitation à la performance et à la solidarité économique. Il appartient à chaque entreprise de choisir la meilleure stratégie pour en tirer pleinement parti, tout en respectant le cadre légal et les attentes des salariés.

FAQ

1. La participation aux résultats est-elle obligatoire pour toutes les entreprises ?

Non, la participation aux résultats est obligatoire uniquement pour les entreprises d’au moins 50 salariés ayant réalisé un bénéfice fiscal suffisant (article L3322-2 du Code du travail). L’effectif est calculé sur une période de 5 années consécutives.

Depuis le 1er janvier 2025, une expérimentation de 5 ans impose aux entreprises de 11 à 49 salariés d’adopter un dispositif de partage de la valeur si elles réalisent un bénéfice net fiscal d’au moins 1 % du chiffre d’affaires pendant trois années consécutives (loi n°2023-1104 du 29 novembre 2023).

Les entreprises de moins de 50 salariés qui ne remplissent pas ces critères peuvent néanmoins mettre en place volontairement un accord de participation par négociation collective ou décision unilatérale de l’employeur (article L3323-6 du Code du travail).

2. Comment est calculée la prime de participation aux résultats ?

La prime de participation est déterminée en fonction de la réserve spéciale de participation (RSP), calculée selon la formule légale suivante (article D3324-1 du Code du travail) :

RSP = 1/2 × (Bénéfice net - 5 % des capitaux propres) × (Masse salariale / Valeur ajoutée)

Certaines entreprises peuvent adopter une formule de calcul différente, à condition que les salariés bénéficient d’un avantage équivalent ou supérieur. Toutefois, depuis 2025, une expérimentation temporaire permet aux entreprises de moins de 50 salariés d’appliquer une formule dérogatoire sans obligation d’équivalence (article L3324-9 du Code du travail).

L’employeur peut également verser un supplément de participation en cas de bons résultats financiers (article L3324-9 du Code du travail).

3. Comment et quand est versée la prime de participation ?

Le salarié peut choisir :

  • Un versement immédiat sur son compte bancaire.
  • Un blocage pendant 5 ans, avec placement sur un plan d’épargne salariale (PEE, PERCO).

En cas de blocage, le salarié ne pourra retirer ses fonds qu’en respectant un délai d’indisponibilité de 5 ans minimum, sauf en cas de déblocage anticipé prévu par la loi (article L3324-10 du Code du travail).

Les cas de déblocage anticipé incluent :

  • Mariage, PACS ou naissance/adoption d’un enfant.
  • Achat ou construction de la résidence principale.
  • Invalidité ou décès du salarié ou de son conjoint.
  • Rupture du contrat de travail (licenciement, démission, retraite).
  • Surendettement, violences conjugales ou proche aidant.

Le salarié doit faire la demande dans un délai de 6 mois suivant l’événement, sauf pour certains cas où le retrait peut être effectué à tout moment (article R3324-22 du Code du travail).

4. Quels sont les avantages fiscaux et sociaux de la participation aux résultats ?

La participation bénéficie d’un régime fiscal et social avantageux, tant pour l’entreprise que pour le salarié :

Pour l’employeur :

  • Exonération de cotisations sociales (article L242-1 du Code de la sécurité sociale).
  • Déductibilité fiscale des sommes versées à la participation sur l’impôt sur les sociétés (article 237 bis A du CGI).
  • Exonération de certaines taxes (taxe d’apprentissage, contribution formation).

Pour le salarié :

  • Exonération d’impôt sur le revenu si les sommes sont placées sur un plan d’épargne salariale (article 81 du CGI).
  • Non prises en compte dans le calcul des indemnités de congés payés et des primes.
  • En cas de retrait anticipé (hors cas prévus par la loi), les sommes deviennent imposables.

Cependant, les exonérations ne sont valables que si l’accord de participation est bien déposé auprès de l’administration. Une entreprise qui ne respecte pas cette formalité sera redevable des cotisations sociales sur les sommes versées (Cass. soc., 22 janvier 2020, n°18-23.962).

5. Quelle est la différence entre participation et intéressement ?

La participation et l’intéressement sont deux dispositifs distincts visant à associer les salariés aux performances de l’entreprise :

🔹 La participation (article L3322-1 du Code du travail) :

  • Obligatoire pour les entreprises de 50 salariés et plus.
  • Liée aux bénéfices de l’entreprise.
  • Versement avec un effet différé (minimum 5 ans sauf cas de déblocage anticipé).
  • Exonération fiscale et sociale sous conditions.

🔹 L’intéressement (article L3312-1 du Code du travail) :

  • Facultatif et mis en place par accord collectif.
  • Lié aux résultats ou performances de l’entreprise.
  • Versement immédiat ou épargne.
  • Plus souple et adaptable aux objectifs de l’entreprise.

Les deux dispositifs peuvent être cumulés dans une même entreprise afin d’optimiser la rémunération des salariés tout en bénéficiant d’un cadre fiscal attractif.

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