Assurance

Sinistre non indemnisé : comment contester l’avis de l’expert ?

Estelle Marant
Collaboratrice
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L’expert refuse l’indemnisation : quels sont vos recours ?

Lorsqu’un sinistre survient, l’assureur peut missionner un expert pour évaluer les dommages et déterminer le montant de l’indemnisation. Cependant, il arrive que l’expertise aboutisse à un refus de prise en charge, laissant l’assuré face à une décision qu’il juge injustifiée. Dans ce cas, plusieurs recours existent pour contester cette décision et obtenir une réévaluation du sinistre.

Sommaire :

  • Le rapport préliminaire et d’expertise de l’assureur après sinistre
  • Comment contester l’avis d’un expert d’assurance ?
  • La contre-expertise contradictoire : un recours amiable
  • Quels recours si l’assurance conteste la seconde expertise ?
  • Régler un litige avec son assureur
  • FAQ

Le rapport préliminaire et d’expertise de l’assureur après sinistre

L’assureur peut missionner un expert afin d’établir un rapport préliminaire et un rapport d’expertise qui détaillent les circonstances du sinistre, les dommages subis, et les conditions d’indemnisation.

  • Le rapport préliminaire vise à évaluer les mesures conservatoires nécessaires pour éviter l’aggravation des dommages.
  • Le rapport d’expertise, quant à lui, permet de quantifier les préjudices et de déterminer le montant de l’indemnisation. Il est fondamental pour justifier un refus ou une acceptation de la prise en charge.

Si l’assureur refuse d’indemniser le sinistre en invoquant, par exemple, une déclaration tardive ou une exclusion de garantie, il doit motiver sa décision et fournir une copie du rapport d’expertise à l’assuré.

💡 En assurance auto, l’expert a l’obligation de remettre une copie de ses conclusions au propriétaire du véhicule sinistré.

Comment contester l’avis d’un expert d’assurance ?

Si l’assuré conteste les conclusions de l’expert missionné par l’assureur, plusieurs voies de recours amiables et judiciaires sont envisageables.

1. La demande de contre-expertise

L’assuré peut faire appel à un expert indépendant pour réaliser une contre-expertise . Cette démarche est généralement à la charge de l’assuré, sauf si le contrat prévoit une prise en charge des frais d’expertise.

💡 En cas d’assurance automobile, l’expert indépendant doit être agréé et inscrit sur la liste des experts automobiles reconnus par l’État .

2. La contestation des conclusions de l’expert

Un rapport d’expertise peut être contesté s’il présente des erreurs ou irrégularités. Par exemple :

  • L’expert a omis d’examiner des documents essentiels (factures, devis, photos).
  • Le rapport ne contient pas les mentions obligatoires, comme l’identification des documents transmis.
  • L’évaluation des dommages repose sur des éléments subjectifs ou erronés.

Dans ce cas, l’assuré peut envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception à son assureur pour exiger une réévaluation du sinistre.

La contre-expertise contradictoire : un recours amiable

Si la compagnie d’assurance maintient son refus, l’assuré peut opter pour une contre-expertise contradictoire.

1. Mise en demeure par un commissaire de justice (ex-huissier)

L’assuré peut mandater un commissaire de justice pour sommer l’assureur de transmettre le rapport d’expertise et d’accepter une contre-expertise contradictoire.

Cette démarche s’effectue en deux étapes :

  1. Mise en demeure de l’assureur d’accepter une contre-expertise (lettre recommandée avec accusé de réception).
  2. Désignation d’un nouvel expert pour établir un second diagnostic.

Si la contre-expertise aboutit à des conclusions divergentes de celles du premier expert, l’assureur peut accepter de revoir sa position ou maintenir son refus.

2. L’expertise judiciaire en cas de désaccord persistant

Si l’assureur rejette la contre-expertise, l’assuré peut saisir le Tribunal judiciaire pour ordonner une expertise judiciaire.

⚖️ Procédure obligatoire avant une action judiciaire : si le litige porte sur une somme inférieure à 5 000 €, l’assuré doit d’abord tenter une conciliation ou une médiation avant de saisir le juge.

L’expertise judiciaire est réalisée par un expert indépendant désigné par le juge, dont les conclusions auront une valeur probante pour déterminer les responsabilités.

Quels recours si l’assurance conteste la seconde expertise ?

Si l’assureur conteste la seconde expertise et maintient son refus d’indemnisation, l’assuré dispose d’un dernier recours judiciaire : la saisine du Tribunal judiciaire compétent. Cette action permet de contraindre l’assureur à respecter ses obligations contractuelles si l’expertise indépendante démontre la réalité du préjudice et l’éligibilité à l’indemnisation.

Saisir le Tribunal judiciaire : une étape décisive

L’assuré peut déposer une assignation en justice devant le Tribunal judiciaire, qui est compétent en matière d’assurance en vertu de l’article L. 211-3 du Code de l’organisation judiciaire. Cette procédure peut aboutir à la désignation d’un expert judiciaire dont le rapport servira de référence pour trancher le litige.

Le juge pourra alors :

  • Ordonner une expertise judiciaire pour réévaluer les dommages.
  • Contraindre l’assureur à indemniser l’assuré si les éléments apportés prouvent que la prise en charge devait être accordée.
  • Rejeter la demande si le contrat prévoit une exclusion valable ou si la preuve du dommage est insuffisante.

Compétence territoriale du tribunal

La juridiction compétente dépend de la nature du bien sinistré :

  • Pour un dommage mobilier (exemple : voiture endommagée, objets de valeur, matériel professionnel), l’assuré doit saisir le tribunal de son domicile.
  • Pour un dommage immobilier (exemple : incendie d’une maison, dégât des eaux dans un appartement), la juridiction compétente est celle du lieu où se situe le bien sinistré, conformément à l’article R. 114-1 du Code des assurances.

💡 Bon à savoir : Avant d’engager une procédure judiciaire, l’assuré doit tenter une conciliation ou une médiation, notamment lorsque le litige porte sur une somme inférieure à 5 000 €. Ce passage obligatoire peut permettre de trouver une solution amiable avant d’engager des frais judiciaires.

Ainsi, si l’assurance rejette les conclusions de la seconde expertise, l’action en justice reste le dernier recours pour obtenir une indemnisation conforme aux dommages réellement subis.

Régler un litige avec son assureur

Lorsqu’un désaccord persiste entre l’assuré et l’assureur après une expertise ou une contre-expertise, plusieurs recours existent pour tenter de résoudre le litige et obtenir l’indemnisation légitime du sinistre.

1. Le recours amiable : privilégier le dialogue

Avant d’entamer une procédure judiciaire, il est souvent recommandé d’opter pour une résolution amiable du litige. L’assuré peut suivre plusieurs étapes :

  • Contacter le service réclamation de l’assureur : Une lettre recommandée avec accusé de réception doit être envoyée pour expliquer le désaccord et fournir les preuves qui justifient une indemnisation (rapport de contre-expertise, devis de réparation, photos du sinistre, témoignages…).
  • Faire appel au médiateur de l’assurance : Si le service réclamation ne donne pas de réponse satisfaisante dans un délai de 2 mois, l’assuré peut saisir le Médiateur de l’Assurance, un organisme indépendant chargé de proposer une solution équitable entre les parties. Cette démarche est gratuite et permet souvent d’éviter un procès.

💡 Bon à savoir : La saisine du Médiateur de l’Assurance doit être faite par écrit et accompagnée de toutes les pièces justificatives.

2. Le recours judiciaire : saisir le Tribunal judiciaire

Si aucun accord amiable n’aboutit, l’assuré peut engager une procédure judiciaire contre l’assureur.

  • Saisir le Tribunal judiciaire : Cette juridiction est compétente en matière d’assurance et peut contraindre l’assureur à indemniser l’assuré si les preuves apportées justifient la prise en charge du sinistre.
  • L’expertise judiciaire : Si le juge l’estime nécessaire, il pourra ordonner une nouvelle expertise réalisée par un expert judiciaire indépendant, dont les conclusions seront opposables à l’assureur.

⚖️ Procédure obligatoire avant de saisir le tribunal :
Pour les litiges portant sur un montant inférieur à 5 000 €, l’assuré doit obligatoirement tenter une conciliation, une médiation ou une procédure participative avant d’engager une action judiciaire.

Délais pour agir : attention aux prescriptions légales

Le respect des délais légaux est essentiel pour éviter que l’assureur oppose la prescription et refuse d’indemniser :

  • Déclaration du sinistre : l’assuré doit informer son assureur dans un délai de 5 jours ouvrés après la survenance du sinistre.
  • Contestation d’un refus d’indemnisation : l’assuré dispose de 2 ans pour contester l’expertise et engager une action judiciaire.

Ainsi, un assuré confronté à un refus de prise en charge dispose de différentes options pour faire valoir ses droits. Il est toujours préférable de privilégier une solution amiable, mais si cela échoue, la voie judiciaire reste une alternative efficace pour obtenir une réparation du préjudice subi.

En résumé

Lorsqu’un expert refuse la prise en charge d’un sinistre, l’assuré dispose de plusieurs recours pour contester cette décision. De la contre-expertise amiable à l’expertise judiciaire, en passant par la médiation avec l’assureur, chaque étape permet d’exercer ses droits et d’obtenir une réévaluation des dommages.

Il est essentiel de respecter les délais légaux et de bien documenter son dossier afin d’augmenter ses chances d’obtenir une indemnisation équitable. En cas de litige persistant, la saisine du Tribunal judiciaire reste la solution ultime pour faire valoir ses droits face à une compagnie d’assurance récalcitrante.

FAQ

1. Pourquoi l’assureur peut-il refuser de prendre en charge un sinistre après une expertise ?

Un assureur peut refuser d’indemniser un sinistre pour plusieurs raisons, souvent justifiées par les conclusions de l’expert missionné. Les motifs les plus fréquents sont :

  • Une exclusion de garantie : Si le sinistre n’entre pas dans les risques couverts par le contrat, l’assureur peut refuser d’indemniser (ex. dommages causés intentionnellement).
  • Une déclaration tardive : L’assuré doit déclarer le sinistre dans un délai de 5 jours ouvrés. Passé ce délai, l’assureur peut invoquer une déchéance de garantie, sauf en cas de force majeure.
  • Une faute de l’assuré : Si l’assureur estime que l’assuré a contribué au dommage (ex. défaut d’entretien du bien, comportement imprudent), il peut refuser l’indemnisation.
  • Une expertise contestable : L’expert peut conclure que les dommages ne sont pas liés au sinistre déclaré ou qu’ils sont surestimés par l’assuré.

En cas de refus, l’assuré a le droit de contester l’expertise et de demander une contre-expertise pour défendre son dossier.

2. Comment obtenir une contre-expertise si l’assureur refuse l’indemnisation ?

Si l’assuré conteste les conclusions de l’expert, il peut demander une contre-expertise indépendante. Cette démarche implique plusieurs étapes :

  1. Choisir un expert indépendant : L’assuré peut faire appel à un expert automobile agréé ou un expert en bâtiment en cas de sinistre immobilier.
  2. Envoyer une mise en demeure à l’assureur : Une lettre recommandée avec accusé de réception doit être adressée à l’assureur pour l’informer de la contestation et de la demande de contre-expertise.
  3. Faire examiner le sinistre par un nouvel expert : Ce dernier analysera les éléments techniques et factuels pour comparer son diagnostic à celui du premier expert.
  4. Comparer les rapports d’expertise : Si la contre-expertise établit que l’indemnisation est justifiée, l’assuré peut demander une révision de la décision de l’assureur.

Si l’assureur persiste dans son refus, il est possible de passer à une expertise contradictoire, où les deux experts cherchent un compromis, avant de saisir le Tribunal judiciaire.

3. Que faire si l’assureur conteste la contre-expertise ?

Si l’assureur rejette la contre-expertise et refuse toujours d’indemniser, l’assuré doit passer à une étape judiciaire :

  1. Médiation avec l’assurance : Avant de saisir la justice, l’assuré peut contacter le Médiateur de l’Assurance, une entité indépendante qui examine le dossier et propose une solution amiable.
  2. Saisine du Tribunal judiciaire : Si la médiation échoue, l’assuré peut saisir le Tribunal judiciaire compétent pour obtenir une décision de justice.
    • Pour un dommage mobilier (ex. voiture, objets endommagés), l’assuré doit saisir le tribunal de son domicile.
    • Pour un dommage immobilier (ex. dégât des eaux, malfaçons), la juridiction compétente est celle du lieu du bien sinistré (article R. 114-1 du Code des assurances).
  3. L’expertise judiciaire : Le juge peut désigner un expert judiciaire indépendant, dont le rapport servira de base pour trancher le litige.

En cas de manquements graves de l’assureur (ex. refus injustifié, retard abusif), des dommages et intérêts peuvent être réclamés par l’assuré.

4. Quels délais l’assuré doit-il respecter pour contester un refus d’indemnisation ?

Le respect des délais légaux est fondamental pour éviter que l’assureur invoque la prescription et refuse de revoir sa décision.

  • Déclaration du sinistre : L’assuré doit notifier son assurance dans un délai de 5 jours ouvrés après la survenance du sinistre. Pour un vol, le délai est réduit à 2 jours.
  • Contestation de l’expertise : L’assuré dispose d’un délai de 2 ans à compter de la notification du refus pour engager une action contre l’assureur.
  • Prescription judiciaire : En cas de litige devant le tribunal, il est impératif d’agir dans un délai de 2 ans, sauf si un recours amiable (médiation) prolonge ce délai.

💡 Attention : Passé ces délais, l’assureur peut refuser toute révision de sa décision et l’assuré perd son droit à indemnisation.

5. Quels recours existent si l’assureur refuse d’exécuter une décision de justice ?

Si le Tribunal judiciaire donne raison à l’assuré et ordonne une indemnisation, l’assureur est tenu d’exécuter cette décision. Cependant, il arrive que certaines compagnies tardent à verser l’indemnisation.

Dans ce cas, l’assuré peut :

  1. Adresser une mise en demeure à l’assureur pour exiger le paiement immédiat des sommes dues.
  2. Saisir un huissier de justice pour contraindre l’assureur à exécuter le jugement, en procédant à une saisie des comptes de l’assurance si nécessaire.
  3. Demander des intérêts de retard : Si l’assureur tarde à payer, des pénalités de retard peuvent être appliquées.

💡 Bon à savoir : En cas de mauvaise foi avérée de l’assureur, l’assuré peut réclamer des dommages et intérêts supplémentaires pour préjudice moral et financier.

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