Le télétravail s’est imposé comme un mode d’organisation incontournable dans le monde du travail. Plébiscité par les salariés pour sa flexibilité et adopté par de nombreuses entreprises, il soulève toutefois des obligations légales strictes pour les employeurs.
En effet, si la mise en place du télétravail repose sur un accord mutuel entre le salarié et l’employeur, ce dernier doit respecter un cadre juridique précis, notamment en matière de matériel, de protection des données, de santé et sécurité ou encore de droit à la déconnexion.
Quelles sont donc les responsabilités légales d’un employeur face à ses télétravailleurs ?
Le Code du travail définit le télétravail comme toute forme d’organisation du travail dans laquelle une activité, qui aurait pu être exercée dans les locaux de l’entreprise, est réalisée hors de ceux-ci grâce aux technologies de l’information et de la communication.
Le principe fondamental du télétravail repose sur le double volontariat : il ne peut être imposé ni par l’employeur ni par le salarié, sauf en cas de circonstances exceptionnelles, telles qu’une crise sanitaire ou un cas de force majeure.
Aucun métier n’est automatiquement exclu du télétravail, mais certaines fonctions s’y prêtent mieux que d’autres. En règle générale, un emploi est éligible au télétravail si les missions peuvent être réalisées à distance sans compromettre la productivité.
L’éligibilité du salarié au télétravail est généralement définie par un accord collectif ou une charte interne mise en place par l’employeur. En l’absence d’un tel document, l’employeur doit identifier les postes et missions pouvant être exercés à distance.
Le télétravail n’est pas un droit automatique. Un employeur peut refuser une demande de télétravail formulée par un salarié, sauf si celui-ci entre dans des cas spécifiques prévus par la loi, tels que :
Dans ces cas, l’employeur doit motiver son refus par des raisons objectives et légitimes.
Une fois le télétravail mis en place, l’employeur a l’obligation d’informer le salarié des restrictions concernant l’usage des équipements, des modalités de contrôle et des sanctions encourues en cas de non-respect des règles internes.
Il doit également organiser un entretien annuel pour évaluer l’impact du télétravail sur les conditions de travail du salarié.
Les salariés en télétravail bénéficient des mêmes droits en matière de formation professionnelle et d’évolution de carrière que ceux travaillant en présentiel.
Cela signifie que l’employeur doit garantir un accès équitable aux dispositifs de formation continue, aux opportunités de promotion interne et aux processus d’évaluation des performances.
Toute discrimination en raison du mode d’organisation du travail est interdite. Un télétravailleur doit pouvoir bénéficier des mêmes possibilités de progression que ses collègues en présentiel, notamment en matière de :
Lorsque le télétravail est exercé de manière régulière, l’employeur a l’obligation de proposer une formation spécifique à l’utilisation des outils techniques mis à disposition du salarié.
Cette formation vise à garantir une bonne maîtrise des logiciels, plateformes collaboratives et dispositifs de cybersécurité, évitant ainsi des difficultés techniques susceptibles d’entraver la productivité du salarié.
L’accès aux formations et aux opportunités professionnelles doit donc être identique pour l’ensemble des salariés, indépendamment du fait qu’ils exercent en présentiel ou en télétravail.
L’employeur a une obligation légale de fournir, d’installer et d’assurer l’entretien des équipements nécessaires au télétravail. Cette obligation découle du principe selon lequel les frais professionnels engagés par un salarié dans le cadre de son activité doivent être pris en charge par l’employeur.
Les équipements fournis doivent permettre au salarié de travailler dans des conditions optimales, comparables à celles du travail en présentiel. Cela inclut généralement :
Si le salarié utilise son propre matériel, l’employeur doit garantir son compatibilité avec les exigences professionnelles et assurer un entretien adéquat. Il peut également prendre en charge une indemnisation pour l’usage du matériel personnel à des fins professionnelles.
De plus, l’employeur doit s’assurer que le poste de travail à domicile respecte les normes ergonomiques, afin de prévenir les risques de troubles musculo-squelettiques et de fatigue visuelle. Il peut ainsi prévoir des aménagements spécifiques, comme le remboursement d’un fauteuil ergonomique ou d’un bureau adapté.
En résumé, l’employeur doit veiller à ce que les télétravailleurs disposent des outils nécessaires pour exercer leur activité dans des conditions optimales et conformes aux exigences légales.
Même à distance, l’employeur est responsable de la sécurité et de la santé des salariés en télétravail.
Il doit prendre des mesures pour :
Les équipements fournis par l’employeur sont généralement couverts par son assurance professionnelle. En revanche, les salariés doivent vérifier si leur assurance habitation couvre l’utilisation de leur domicile à des fins professionnelles.
L’employeur peut exiger une attestation d’assurance du salarié pour s’assurer qu’il est couvert en cas d’accident.
L’employeur est tenu de protéger les données personnelles et professionnelles utilisées par les télétravailleurs. Il doit mettre en place des mesures de sécurité informatique conformes au Règlement général sur la protection des données (RGPD).
Les mesures peuvent inclure :
L’employeur peut contrôler l’activité des télétravailleurs, mais dans le respect des libertés individuelles.
Il doit respecter plusieurs obligations :
Le droit à la déconnexion vise à garantir le respect des temps de repos et de vie privée des télétravailleurs. L’employeur ne peut pas exiger qu’un salarié soit disponible en dehors de ses horaires habituels.
Pour assurer ce droit, il peut mettre en place des dispositifs tels que :
L’employeur doit rembourser les frais engagés par le salarié dans le cadre du télétravail. Cette prise en charge peut se faire :
Un salarié en télétravail bénéficie des mêmes avantages sociaux que ceux travaillant en présentiel. Parmi ces avantages figure l’accès aux titres-restaurant, souvent appelés tickets-restaurants.
La jurisprudence a confirmé que le télétravail ne saurait priver un salarié de cet avantage, dès lors que les conditions de distribution restent identiques à celles des salariés sur site (Cass. soc., 13 oct. 2021, n° 21-11.000). Autrement dit, si les tickets-restaurants sont accordés aux salariés en entreprise pour couvrir leurs déjeuners, alors les télétravailleurs doivent également en bénéficier, sauf si leur situation ne remplit pas les critères d’éligibilité fixés dans l’entreprise.
Cependant, pour que l’employeur soit tenu de fournir des tickets-restaurants, il faut que :
Ainsi, l’employeur ne peut pas discriminer un salarié du fait de son mode d’organisation du travail, et doit appliquer un traitement égalitaire en matière d’avantages sociaux.
La cessation du télétravail est une décision qui ne peut être prise unilatéralement par l’employeur ou le salarié. En principe, elle doit être prévue dans l’accord collectif ou la charte télétravail de l’entreprise, qui définit les modalités de retour au travail en présentiel.
En cas de désaccord, la fin du télétravail constitue une modification du contrat de travail, ce qui implique l’accord des deux parties. Si l’employeur impose un retour au bureau sans consultation préalable et sans clause le permettant dans l’accord collectif, le salarié pourrait contester cette décision devant le Conseil de prud’hommes.
Toutefois, la fin du télétravail peut être anticipée dans plusieurs cas :
Par ailleurs, un salarié ayant exercé en télétravail bénéficie d’un droit de priorité pour réintégrer un poste en présentiel correspondant à ses compétences et qualifications. L’employeur a donc l’obligation de l’informer de toutes les offres correspondant à son profil (article L. 1222-10 du Code du travail). Il ne peut ainsi pas favoriser un autre candidat externe sans avoir proposé le poste au salarié concerné.
Ainsi, la gestion de la fin du télétravail doit être encadrée par des règles claires et anticipées, permettant aux entreprises et aux salariés de garantir une transition fluide et conforme au droit du travail.
Le télétravail ne peut être instauré sans une réflexion approfondie sur les droits et obligations des deux parties. L’employeur doit garantir aux télétravailleurs les mêmes conditions de travail qu’aux salariés en présentiel, en respectant des obligations en matière d’équipement, de santé, de formation, de protection des données et de prise en charge des frais professionnels.
Il est donc essentiel pour toute entreprise de mettre en place des accords collectifs ou des chartes internes afin de sécuriser le recours au télétravail et d’assurer la conformité avec la législation en vigueur.
Oui, un employeur peut refuser une demande de télétravail, mais sous certaines conditions. Le télétravail repose sur le principe du double volontariat, ce qui signifie qu’il nécessite l’accord des deux parties (article L. 1222-9 du Code du travail).
Cependant, si l’entreprise a mis en place un accord collectif ou une charte télétravail, elle doit respecter les conditions qu’elle a définies. Un employeur qui refuse une demande de télétravail d’un salarié dont le poste est éligible doit motiver son refus par des raisons objectives et légitimes.
Par ailleurs, certaines catégories de travailleurs bénéficient d’une protection renforcée. Un employeur ne peut pas refuser le télétravail sans justification si la demande est faite par :
En cas de refus abusif, le salarié peut saisir le Conseil de prud’hommes pour contester la décision de son employeur.
Oui, l’employeur est responsable de la fourniture, de l’installation et de l’entretien des équipements nécessaires au télétravail (article L. 1222-10 du Code du travail). Cela signifie qu’il doit mettre à disposition du salarié tous les outils indispensables à l’exécution de ses missions, tels que :
Si l’entreprise autorise le salarié à utiliser son matériel personnel, elle doit en garantir l’adaptation et l’entretien. En cas de panne ou d’incompatibilité technique, l’employeur reste tenu de trouver une solution (remplacement du matériel, assistance technique, etc.).
L’objectif est de garantir au télétravailleur des conditions de travail équivalentes à celles du travail en présentiel, notamment en matière de sécurité et d’ergonomie.
Oui, un salarié en télétravail bénéficie des mêmes avantages sociaux que ses collègues travaillant sur site, y compris les tickets-restaurants, dès lors que ces derniers sont attribués dans l’entreprise (Cass. soc., 13 oct. 2021, n° 21-11.000).
Toutefois, l’éligibilité aux titres-restaurant dépend de certaines conditions :
L’employeur ne peut pas supprimer cet avantage au seul motif que le salarié travaille à distance. Toute discrimination entre les salariés sur site et ceux en télétravail est interdite.
Oui, l’employeur est tenu de prendre en charge les frais professionnels engagés par le salarié dans l’exercice de son activité en télétravail (article L. 1222-10 du Code du travail).
Cette prise en charge peut se faire de deux manières :
En 2024, l’allocation forfaitaire est exonérée dans les limites suivantes :
Les salariés partiellement en télétravail (1 ou 2 jours par semaine) conservent également le remboursement des abonnements de transport, au même titre que les salariés présents sur site.
Oui, mais sous certaines conditions. Un employeur peut contrôler l’activité de ses salariés en télétravail, à condition de respecter les libertés individuelles et la vie privée (article L. 1121-1 du Code du travail).
Les moyens de surveillance doivent être :
L’employeur doit également consulter le Comité Social et Économique (CSE) avant d’installer un dispositif de surveillance.
Les outils de surveillance abusifs ou disproportionnés sont interdits, notamment :
En cas d’abus, un salarié peut saisir la CNIL ou le Conseil de prud’hommes pour contester ces pratiques.