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Travaux non terminés : comment réagir face à un artisan défaillant ?

Estelle Marant
Collaboratrice
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Litige travaux : que faire en cas de chantier abandonné ?

Lorsque vous engagez un artisan ou un entrepreneur pour des travaux, vous vous attendez à ce qu’ils soient réalisés dans les délais convenus et conformément aux termes du contrat.

Cependant, il arrive que certains professionnels abandonnent un chantier, prennent un retard injustifié ou livrent une exécution incomplète.

Dans ces situations, la loi offre plusieurs recours juridiques pour protéger le maître d’ouvrage et lui permettre d’obtenir soit l’achèvement des travaux, soit une indemnisation pour le préjudice subi. Quels sont vos droits et comment agir efficacement contre un professionnel défaillant ?

Sommaire :

  1. Introduction
  2. Les obligations de l’artisan et de l’entrepreneur
  3. Les démarches amiables avant toute action en justice
  4. Les recours juridiques en cas de travaux non terminés
  5. Quelle juridiction saisir ?
  6. Prescription des actions en justice
  7. FAQ
  8. Conclusion

Les obligations de l’artisan et de l’entrepreneur

L’entrepreneur est tenu de respecter les délais et les obligations contractuelles convenues dans le devis. Une fois signé, ce devis devient un contrat engageant.

Conformément à l’article L. 111-1 du Code de la consommation, l’artisan doit mentionner une date d’exécution des travaux dans le contrat. En cas de non-respect de cette échéance, l’article L. 216-1 du Code de la consommation permet au maître d’ouvrage de réclamer une exécution forcée, une indemnisation ou la résolution du contrat.

Les démarches amiables avant toute action en justice

Avant d’engager une procédure judiciaire, il est recommandé de tenter un règlement amiable :

  1. Prise de contact avec l’artisan ou l’entrepreneur pour obtenir des explications sur le retard ou l’arrêt des travaux.
  2. Envoi d’une mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception, lui accordant un délai raisonnable pour achever les travaux.
  3. Si aucune réponse satisfaisante n’est obtenue, le maître d’ouvrage peut engager une procédure judiciaire.

Les recours juridiques en cas de travaux non terminés

1. L’exécution forcée des travaux

Si l’artisan refuse de reprendre le chantier, le maître d’ouvrage peut exiger l’exécution forcée devant un tribunal compétent.

  • Pour les contrats conclus avant le 1er octobre 2016 : L’article 1184 ancien du Code civil permet au juge d’ordonner à l’artisan de terminer les travaux.
  • Pour les contrats conclus après le 1er octobre 2016 : L’article 1221 du Code civil prévoit que l’exécution forcée est possible sauf si elle est impossible ou disproportionnée.

Le maître d’ouvrage peut aussi faire appel à un autre professionnel pour finir le chantier aux frais du premier artisan.

2. La résolution du contrat

Lorsque l’inexécution des travaux est grave, il est possible de demander l’annulation du contrat avec remboursement des sommes déjà versées :

  • Avant le 1er octobre 2016 : La résolution devait être prononcée par un juge.
  • Depuis le 1er octobre 2016 : Le maître d’ouvrage peut résoudre le contrat de manière unilatérale après une mise en demeure infructueuse.

L’artisan devra alors rembourser les acomptes et pourra être condamné à verser des dommages-intérêts.

3. La réduction du prix pour exécution imparfaite

Si les travaux sont terminés mais présentent des défauts ou restent inachevés, il est possible de demander une réduction du prix proportionnelle aux malfaçons.

4. La destruction des travaux mal réalisés

Lorsque les travaux inachevés rendent l’ouvrage inutilisable, le maître d’ouvrage peut demander leur démolition aux frais de l’entrepreneur.

5. L’indemnisation du préjudice subi

L’arrêt ou le retard des travaux peut causer des préjudices, notamment :

  • Retard dans l’emménagement
  • Dommages matériels ou pertes financières
  • Détérioration de matériaux exposés aux intempéries

L’entrepreneur pourra être tenu de réparer le préjudice causé selon les articles 1231-1 à 1231-7 du Code civil.

Quelle juridiction saisir ?

Le choix de la juridiction compétente dépend du montant du litige et de la nature du conflit avec l’artisan ou l’entrepreneur.

1. Litige inférieur à 10 000 € : saisine du tribunal de proximité ou du tribunal judiciaire

Lorsque le montant du litige est inférieur ou égal à 10 000 €, il convient de saisir :

  • Le tribunal de proximité, qui est une section du tribunal judiciaire et traite les litiges de faible montant.
  • Le tribunal judiciaire, qui est compétent pour toutes les affaires civiles de droit commun, y compris celles concernant les travaux non terminés.

Dans ce cas, le recours à un avocat n’est pas obligatoire, mais il peut être utile pour rédiger correctement la demande et optimiser les chances de succès.

2. Litige supérieur à 10 000 € : saisine obligatoire du tribunal judiciaire

Si le montant du litige dépasse 10 000 €, la saisine du tribunal judiciaire est obligatoire. Il s’agit de la juridiction compétente pour les affaires civiles importantes, notamment :

  • Les litiges portant sur des travaux inachevés avec une demande d’indemnisation élevée.
  • Les actions en responsabilité contre l’entrepreneur pour préjudice financier ou moral.
  • Les contestations liées aux garanties légales (garantie décennale, garantie biennale).

Dans ces cas, le recours à un avocat devient obligatoire si la demande excède ce seuil, notamment lorsque l’affaire nécessite une expertise technique ou une argumentation juridique approfondie.

3. Procédure simplifiée pour les petits litiges

Pour les litiges inférieurs à 5 000 €, une procédure simplifiée est possible :

  • Tentative de règlement amiable via un conciliateur de justice.
  • Saisine du tribunal par déclaration au greffe sans obligation d’avocat.
  • Procédure en ligne via la plateforme du ministère de la Justice permettant d’introduire une demande sans se déplacer.

4. L’importance de bien choisir la juridiction compétente

Un mauvais choix de juridiction peut entraîner un rejet de la demande pour incompétence. Il est donc primordial de bien évaluer le montant du litige et la nature des demandes avant d’engager une procédure.

Dans les situations complexes, comme un chantier abandonné causant un préjudice important, il est conseillé de solliciter un avocat spécialisé afin d’optimiser ses chances d’obtenir réparation.

Prescription des actions en justice

Le délai pour agir contre un artisan ou un entrepreneur dépend de la nature du litige et du fondement juridique invoqué.

Prescription en cas de retard ou d’inachèvement des travaux

Si l'entrepreneur ne respecte pas les délais prévus au contrat, le maître d’ouvrage dispose d’un délai de 5 ans pour engager une action en justice. Ce délai commence à courir à compter de la date à laquelle les travaux auraient dû être achevés.

Ce principe s’applique aux actions visant à obtenir :

  • L’exécution forcée des travaux ;
  • La résolution du contrat et le remboursement des sommes versées ;
  • Des dommages-intérêts pour préjudice subi.

Si le chantier est abandonné par l’artisan, la prescription court à partir de la date d’interruption des travaux. Il est donc important de rassembler des preuves (courriers, constats d’huissier, témoignages) pour attester de la date d’arrêt des travaux et éviter que l’action ne soit frappée de prescription.

Prescription en cas de malfaçons après réception des travaux

Si des défauts ou malfaçons apparaissent après la réception des travaux, le maître d’ouvrage peut invoquer les garanties légales prévues par le Code civil :

  • La garantie décennale couvre pendant 10 ans les dommages affectant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination. Elle s’applique notamment aux fondations, charpentes, murs porteurs, toitures et installations essentielles.
  • La garantie biennale protège les éléments dissociables de la construction (chauffage, volets, robinetterie, etc.) pendant 2 ans après la réception des travaux.
  • La garantie de parfait achèvement oblige l’artisan à réparer tous les désordres signalés par le maître d’ouvrage dans l’année suivant la réception des travaux.

En cas de désordres couverts par la garantie décennale, le maître d’ouvrage dispose d’un délai de 10 ans à compter de la réception des travaux pour agir. Cette garantie est obligatoire, et l’artisan doit souscrire une assurance responsabilité décennale.

L’importance d’agir rapidement

Il est essentiel de ne pas attendre pour engager des démarches, car une fois les délais de prescription écoulés, il devient impossible d’obtenir réparation. Dès l’apparition d’un problème, il est recommandé de :

  • Envoyer une mise en demeure à l’artisan pour exiger la reprise des travaux ou la réparation des malfaçons.
  • Faire établir un constat par un expert ou un huissier pour documenter le litige.
  • Saisir rapidement la justice si l’artisan refuse de s’exécuter.

Ainsi, le respect des délais de prescription et l’activation des garanties légales permettent au maître d’ouvrage de protéger efficacement ses droits en cas de travaux non terminés ou mal exécutés.

Conclusion

Lorsque des travaux ne sont pas achevés ou que l’artisan abandonne le chantier, le maître d’ouvrage dispose de plusieurs recours, allant de la mise en demeure à l’exécution forcée, en passant par la résolution du contrat ou la demande d’indemnisation.

Il est essentiel d’agir rapidement pour faire valoir ses droits et limiter les pertes financières. En cas de litige complexe, l’accompagnement d’un avocat spécialisé ou la saisine des juridictions compétentes peuvent s’avérer déterminants pour obtenir gain de cause.

FAQ :

1. Quels sont mes droits si mon artisan n’achève pas les travaux dans les délais prévus ?

Lorsque vous signez un devis avec un artisan ou un entrepreneur, ce document devient un contrat engageant. L’entrepreneur est tenu de respecter la date de fin des travaux mentionnée dans ce contrat.

Si l’artisan prend du retard ou abandonne le chantier, vous avez plusieurs recours légaux :

  • Mise en demeure par courrier recommandé pour l'obliger à respecter ses engagements.
  • Exécution forcée des travaux, demandée en justice.
  • Résolution du contrat avec remboursement des sommes versées.
  • Indemnisation pour le préjudice subi, en cas de retard ou de chantier abandonné.

Dans tous les cas, il est essentiel de rassembler des preuves (contrat, courriers, photos du chantier, échanges avec l’artisan) avant d’engager une action.

2. Comment contraindre l’artisan à terminer les travaux ?

Si l’artisan ne reprend pas les travaux malgré vos relances, la première étape est de lui envoyer une mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception. Cette lettre doit lui donner un délai raisonnable pour reprendre le chantier.

En l’absence de réponse ou de reprise des travaux, vous pouvez saisir le tribunal compétent pour demander :

  • L’exécution forcée du contrat, obligeant l’artisan à achever le chantier sous peine de sanctions.
  • L’autorisation de faire terminer les travaux par un tiers aux frais de l’artisan.
  • Une astreinte financière par jour de retard, imposée par le juge pour accélérer l’exécution des travaux.

Si l’artisan est insolvable ou ne se manifeste plus, il peut être préférable de résilier le contrat et réclamer une indemnisation.

3. Puis-je obtenir une indemnisation en cas de chantier abandonné ou de retard important ?

Oui, en cas de chantier abandonné ou de retard injustifié, vous pouvez demander des dommages-intérêts pour le préjudice subi.

L’indemnisation peut couvrir :

  • Les frais engagés pour la reprise du chantier par une autre entreprise.
  • Les pertes financières liées au retard (exemple : loyers supplémentaires en attendant l’achèvement des travaux).
  • Les désagréments subis, comme l’impossibilité d’emménager ou des nuisances importantes.

Le montant du dédommagement est évalué en fonction des éléments de preuve fournis (devis, attestations, constats d’huissier).

4. Quelle est la procédure pour faire valoir mes droits en justice ?

Si l’artisan refuse de s’exécuter malgré vos relances, vous pouvez engager une action en justice.

La juridiction compétente dépend du montant du litige :

  • Moins de 10 000 € : tribunal de proximité ou tribunal judiciaire.
  • Plus de 10 000 € : tribunal judiciaire, avec recours obligatoire à un avocat.

La procédure se déroule généralement en plusieurs étapes :

  1. Mise en demeure adressée à l’artisan.
  2. Constat des travaux inachevés par un huissier ou un expert.
  3. Saisine du tribunal par requête ou assignation en référé (en cas d’urgence).
  4. Audience et jugement, aboutissant à une décision de justice (exécution des travaux ou indemnisation).

Dans certains cas, le juge peut aussi ordonner une mesure d’expertise judiciaire pour évaluer le chantier et chiffrer les dommages.

5. Quels sont les délais pour agir contre un artisan qui n’a pas terminé les travaux ?

Le délai de prescription pour agir dépend de la nature du litige :

  • Non-respect des délais contractuels : 5 ans à compter de la date à laquelle les travaux auraient dû être terminés.
  • Malfaçons découvertes après réception : 10 ans pour les dommages compromettant la solidité de l’ouvrage.
  • Désordres affectant des éléments dissociables (chauffage, volets, équipements) : 2 ans après la réception.

Il est essentiel d’agir rapidement, car une fois ces délais expirés, il devient impossible de demander réparation. Dès qu’un problème est constaté, il est recommandé de rassembler des preuves et d’envoyer une mise en demeure à l’artisan avant d’engager des poursuites.

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